Alors que Bong Joon Ho est sous le feu des projecteurs depuis sa Palme d’Or à Cannes pour le film Parasite, c’est un autre de ses films qui défraie les chroniques en ce moment : Memories of Murder.
En effet, au début du mois d’octobre, les autorités sud-coréennes ont rapporté avoir élucidé les séries de meurtres qui ont eu lieu dans les années 80 dans la région de Hwaseong. Ces meurtres avaient inspiré le film Memories of Murder, sorti en 2004, faisons le point sur ce qui s’est révélé vrai et sur ce que Bong Joon Ho a dû inventer.

Le meurtrier de Hwaseong enfin arrêté
Le 18 septembre dernier, la police sud-coréenne annonce, via l’agence de presse Yonhap, qu’un suspect a été identifié pour la série de viols et de meurtres survenus entre 1986 et 1991 à Hwaseong. Près de 30 ans après, les traces ADN retrouvées sur les sous-vêtements d’une des victimes se sont révélées identiques à celles d’un homme déjà en prison.
Quelques jours plus tard, le 1er octobre, l’annonce est faite que le suspect a avoué les meurtres connus des services de police ainsi que cinq crimes supplémentaires.
L’homme de 56 ans est en prison pour avoir été reconnu coupable du viol et du meurtre de sa belle-soeur en 1994. Malgré les aveux, le délai de prescription pour ces meurtres est arrivé à expiration en 2006 et l’homme ne pourra donc pas être poursuivi pour ces crimes. Cependant, l’un des tueurs les plus terribles du pays du matin calme a maintenant un nom : Lee Chung Jae.

Violées, étranglées puis ligotées dans leurs propres vêtements, les victimes de Lee Chung Jae avaient entre 13 et 71 ans et ont été kidnappées près de rizières ou de montagnes. À l’époque, les 300 000 policiers mobilisés avaient interrogé environ 3 000 personnes et avaient d’ailleurs demandé à interroger Lee Chung Jae, mais cela n’avait pas abouti.
Cette série de meurtres sans précédent en Corée du Sud avait marqué le pays, tant par la cruauté des actes que par le nombre de forces de l’ordre mobilisées sans succès.
Lui aussi touché, Bong Joon Ho avait livré son interprétation des faits dans le film Memories of Murder sorti en 2004.
Memories of Murder : l’interprétation de la réalité.
Dans son film, Bong Joon Ho suit le travail des policiers qui ont découvert et enquêté sur cette affaire et sur l’environnement de la ville de Hwaseong. À travers sa caméra, le spectateur découvre la ruralité et le contexte dans lequel se tient cette enquête.
Le duo d’enquêteurs est incarné par Song Kang Ho et Kim Sang Gyu et s’arrache les cheveux sur cette enquête. D’autant plus qu’ils sont convaincus d’avoir trouvé le bon tueur, mais faute de technologie adéquate (ils sont obligés d’envoyer le test ADN aux États-Unis), ils ne parviennent pas à le coincer. La plupart des traits de caractère des personnages sont exagérés, mais néanmoins influencés par les rencontres que le réalisateur a faites. De même pour la violence des interrogatoires qui est pour beaucoup fictionnelle mais qui se base tout de même sur les méthodes les plus rudes qui étaient communes à cette époque.


Bien que Memories of Murder soit un film fictif, Bong Joon Ho a tenu à s’imprégner des faits réels pour construire sa version. Il a donc passé un an entier à interroger les journalistes, les habitants, les policiers, à faire des visites, des recherches, tout est d’ailleurs raconté dans un livre de Stéphane Du Mesnildot qui a enquêté sur la réalisation de ce film iconique.
Ainsi, Bong Joon Ho raconte que la chanson demandée par le tueur à la station de radio était en fait le Requiem de Mozart mais qu’il a choisi Gloomy Letter de Yoo Jae Ha pour garder le lien avec les années 1980.


Il décrit également que la police sud-coréenne était réellement sous-équipée et archaïque : ils n’avaient jamais eu affaire à un tueur en série et sont même allés jusqu’à mettre un épouvantail pour appréhender le tueur ou consulter une voyante pour trouver des indices.
Bong Joon Ho s’attarde particulièrement sur la détresse des policiers qui donnent tout ce qu’ils ont afin de trouver le coupable et qui subissent une pression telle qu’ils perdent peu à peu leurs moyens. Et bien que la course effrénée après le tueur soit quelque peu romancée, elle garde un élément de vérité qui surgit aujourd’hui : la pugnacité des enquêteurs.
Car grâce à son année de recherche et les différentes personnes qu’il a rencontré, Bong Joon Ho sait mieux que personne que les policiers de l’époque ont tout essayé, malgré les faibles moyens qu’ils avaient. C’est durant cette longue année de recherche que naîtra la question qui l’a taraudé et qui le hantera longtemps :
« Pourquoi n’a-t-on pas pu attraper le coupable ? »
Bien que le meurtrier soit désormais connu, la question ne reste pas moins en suspens.


Conclusion
Lors de la révélation des aveux du tueur, nombreux sont les journalistes qui se sont tournés vers Bong Joon Ho pour connaître son ressenti.
Il est en effet l’acteur de la médiatisation internationale de cette affaire, et il avait plusieurs fois raconté que Memories of Murder était sa façon à lui d’exprimer les émotions qu’il avait ressenti face au drame. Dans l’une de ses rares prises de parole sur le sujet, le réalisateur a pudiquement demandé du temps pour digérer l’information. Il faut en effet préciser que l’année de recherches nécessaire à l’écriture de Memories of Murder a obsédé Bong Joon Ho au point qu’il se croyait capable de pouvoir arrêter le tueur et que ça l’a énormément marqué psychologiquement.
Il a tout de même tenu à souligner les efforts des forces de l’ordre : « Pour le moment, je voudrais simplement applaudir les forces de police pour leurs efforts incessants dans la recherche du coupable. »

Sources : AlloCiné | Yonhap | La Rabbia
Article rédigé par Laulilau.

