Dans la catégorie « photographie en noir et blanc », je vous propose de découvrir un nouveau nom. Après les paysages de Bae Bien-U et l’histoire à travers le regard de Kim Nyung Man, je me suis intéressé au travail de Jungjin Lee, nous invitant à la rêverie et à une aventure méditative.
L’œuvre de Jungjin Lee
Le papier hanji comme support photographique
Née en 1961, Jungjin Lee habite et vit désormais à New York. Elle commence la photographie en même temps que son cursus en céramique à l’université de Hongik à Séoul. Puis, elle partit étudier la photographie aux États-Unis. Elle fut l’assistante de Robert Frank (photographe et réalisateur suisse) au début des années 1990. D’abord initiée à la photographie documentaire, elle réalisa que sa perception se ressentait dans ses photographies et découvrit son propre style. Jungjin Lee compte plus d’une dizaine de séries photographiques à son actif, accompagnées de publications de livres et de nombreuses expositions à travers les États-Unis, la Corée du Sud et l’Europe !
Au-delà de son regard, sa technique pour produire des tirages est aussi impressionnante que laborieuse : la photographe utilise du papier hanji (en fibre de mûrier, le papier traditionnel coréen). Elle enduit le papier d’une émulsion de nitrate d’argent en chambre noire sur un papier de 1 à 2 mètres avec une brosse.
Grâce aux avancées technologiques, Jungjin Lee scanne désormais son travail et le modifie (avec l’aide d’assistants) pour ajuster le contraste. Puis, elle repasse en chambre noire pour le tirage final. Malgré ce changement qui lui fait gagner du temps, on peut toujours apercevoir les marques de brosse. Avec le papier hanji donnant du volume, ses photographies rappellent la peinture à l’encre ou la calligraphie et laisse de côté la présence de l’appareil photo.
« Je devais passer de nombreux jours et nuits à imprimer une photo sur le papier hanji et je n’étais pas en mesure de contrôler constamment la qualité. Il était impossible de produire des éditions de mes œuvres avec le même film original, car l’impression manuelle donnait des photographies légèrement différentes à chaque fois. Je voulais faire plus de travail avec l’appareil photo plutôt que de me battre avec l’impression photographique dans mon studio. »
Korea Times [Traduction anglais > français : K.Owls]
Interroger son existence face au monde d’après Jungjin Lee
Dans sa première série Lonely Cabin in a Far Away Island (ou Simmani), Jungjin Lee a suivi un cueilleur de ginseng sauvage pendant un an. C’est ainsi qu’elle découvre que ses photographies ne sont pas un simple reportage : c’est sa perception qui transparaît avant la réalité.
Peu à peu, son regard prend forme au fil de ses voyages. D’un road trip aux États-Unis, elle commença à s’intéresser au désert américain, qui fut le sujet de plusieurs séries.
« Je ne dépeins pas les paysages ou la nature. Le désert me fait voir mon moi intérieur et mon but est de faire des images de ce que je ressens là-bas – mon état d’esprit intérieur, le sens éternel d’être ouverte et présente au monde. »
Dossier de presse pour voice – galerie camera obscura
Pour This place, le photographe Frédéric Brenner (photographe documentaire franco-israélien) invite douze photographes reconnus, dont Jungjin Lee, à participer à son projet : Unnamed Road en est le résultat. Dans une interview, elle explique que son projet était basé sur les déserts et les terres d’histoire d’Israël et de Cisjordanie. Les différents voyages entre 2010 et 2012 l’ont sortie de sa zone de confort et ont changé sa façon de travail. C’est à ce moment que son travail va progressivement inclure le numérique dans le processus d’édition.
La série Everglades est aussi une commande, demandée par le Norton Museum of Arts de Floride. Avec quatre autres photographes, Jungjin Lee a pu montrer sa vision de la région marécageuse des Everglades, située dans un parc national de Floride. À l’opposé des déserts, la nature prend plus de place. Pourtant, elle semble toujours renier toute présence humaine. Avec la cinquantaine de photographies regroupées pour Voice, les éléments terrestres et l’eau donnent une allure étrange, presque onirique.
Moins habituée à photographier des objets ou des structures, deux séries sont pourtant consacrées aux pagodes et à des statues de Bouddha altérées par le temps. Les sujets sont différents, mais il y a toujours cet aspect étrange. Le public n’est pas passif : il est invité à voyager à travers l’ensemble des photographies que comporte le travail de Jungjin Lee.
Où sont exposées ses photographies ?
Quatre galeries représentent Jungjin Lee :
- la Howard Greenberg Gallery à New York
- la PKM Gallery à Séoul
- la Galerie & Edition Stephan Nitsch à Zürich
- et la Galerie Camera Obscura à Paris
Vous pouvez également trouver certaines de ses photographies au sein de différents musées, tels que :
- Metropolitan Museum of Art de New York
- L.A. County Museum of Art à Los Angeles
- Musée national d’Arts contemporains à Gwacheon
- Musée d’Arts à Séoul
- Musée de la Photographie GoEun à Busan
- Musée d’Arts contemporains Sonje à Kyongju
- Musée de la Photographie de Séoul
- Musée d’Arts Gyeonggido à Ansan
- Musée d’Arts contemporains Daelim à Séoul
Sur son site, vous avez la possibilité de retrouver l’ensemble de son travail et d’avoir un aperçu sans vous déplacer. Toutefois, le numérique ne rend pas suffisamment hommage aux photographies. Vous y trouverez aussi les informations sur de futures expositions ayant lieu dans le monde !
Sources : Site de Jungjin Lee | Dossiers de presse Galerie Camera Oscura (1) (2) (3) | Korea Times | Interview de Lyle Rexer dans Photograph Mag | Interview de Charlotte Cotton pour Medium
Sources vidéo : MMCA Gwacheon | Brooklyn Museum | PKM Gallery
Source photo : Pixabay

