Poète, éditeur et historien, Choe Nam Seon est l’une des figures littéraires qui ont marqué l’histoire de l’indépendance de Corée. Entre modernité et patriotisme, son engagement parfois controversé a néanmoins permis de livrer un travail considérable et surtout fondateur.
Les premiers écrits modernes
Affirmer l’identité coréenne
Né à Séoul en 1890, Cheo Nam Seon ira étudier à l’université au Japon puis reviendra en Corée alors sous protectorat japonais. Il publie en 1908 le premier magazine en coréen, intitulé « Sonyeon » (« Jeunesse »). Il tente à ce moment de donner un nouveau souffle à la jeunesse coréenne pour s’affirmer face au pouvoir japonais, et choisit un medium qui doit toucher un plus large public. Il est également l’une des figures de cette époque à affirmer l’existence du « hangeul » pour désigner l’alphabet coréen et renforcer ainsi les codes de l’identité du pays. Lors de la sortie de ce magazine, Choe partage également l’un des poèmes les plus importants de son œuvre, « From the Sea to Children » (해에게서 소년에게, « De la mer aux enfants ») : il propose alors une nouvelle forme de poésie, à la structure plus accessible. Il s’agit de diffuser son message au plus grand nombre et vraisemblablement d’inciter la jeunesse encore une fois à la rébellion. La relation à la terre, au territoire, pour poser les bases de la revendication identitaire semble déjà se dessiner ici et son intérêt pour l’histoire et la géographie constituera un fil conducteur pour asseoir ses idéaux.
L’importance de reconnaître l’identité de la Corée se concrétise lorsqu’il rédige en 1919 la Déclaration d’indépendance, en lien avec le Mouvement du 1er mars contre la domination coloniale japonaise. Il est emprisonné trois ans à la suite de cela.


(Jeunesse, 1914)

(Commencement, 1920)
Un patriotisme à toute épreuve
Choe Nam Seon : une figure controversée
Il poursuit au fil des années, et pendant encore celles de l’occupation japonaise, à mettre en avant ces questions d’identité et de culture coréenne. Il est également reconnu comme historien et littéraire de renom, grâce à son œuvre colossale de traduction et d’adaptation de récits (nombre), pour partager l’histoire de Corée et la rendre encore une fois plus accessible. Par exemple, il fait de nouveau publier en 1927, l’un des récits mythologiques fondateurs de l’histoire de Corée, le « Samguk Yusa » (« Les anecdotes des Trois Royaumes »).
Choe se tourne néanmoins vers les autorités japonaises, en acceptant de faire partie de la « Commission de compilation ou Comité d’écriture de l’histoire coréenne », mise en place à cette période par le Gouverneur-Général de Corée, pour contrôler les données divulguées à propos de l’identité coréenne et ainsi contrecarrer les groupes et mouvements indépendantistes. C’est pourquoi Choe est accusé par la suite d’avoir collaboré avec le régime japonais et est emprisonné en 1949 par le gouvernement de Syngman Rhee (premier président de la république de Corée).
Désavoué par ses contemporains lettrés avec qui il avait lancé les premiers mouvements révolutionnaires à l’époque, ce revirement marque son parcours au point d’en faire une figure assez controversée. Faudrait-il voir dans son choix une certaine forme de « fatalité » face à la longévité de le domination japonaise ? Il est parfois avancé qu’il a peut être préféré continuer à faire vivre l’identité coréenne sous une autre forme, d’autres allant jusqu’à rappeler les difficultés à vivre sous le régime japonais et invitant à reconsidérer son implication.
Dans son combat pour mettre en avant l’identité coréenne, on voit bien le rôle de l’écriture et l’évolution de l’œuvre de Choe Nam Seon. Des premiers écrits modernes autour de la publication de magazines et de la poésie pour toucher un public large dans un contexte contestataire au début de la colonisation japonaise, il continuera son travail notamment au travers de la traduction, l’adaptation et la mise en avant d’œuvres de mythes fondateurs pour construire durablement l’identité de la nation coréenne dans une période où la domination japonaise s’est installée. Il laisse ainsi une œuvre considérable qui en fait une figure littéraire incontournable liée à l’histoire de la Corée du Sud.
Sources : Asia-Pacific Journal | Culture Coréenne n°79 | Paris Librairies | JMIC | The Korea Times | Wilson Center | DLKL | Korea JoongAng Daily
Sources images : TongilNews | EncyKorea | JMIC | The Korea Times


