En principe, tout le monde veut être heureux. Mais sa réalisation change selon les personnes. Sin Yuna supprime tout ce qui peut entraver son Bonheur parfait. Mais quel impact sur son entourage ? Dans ce thriller psychologique, Jeong You Jeong livre une prestation qui régale autant qu’elle dérange !
Avant-propos

Ancienne infirmière (notamment aux urgences), Jeong You Jeong réalise son rêve en devenant auteure à succès. Autodidacte, elle adore les livres de Stephen King. Elle le considère comme son modèle : l’autrice a analysé la bibliographie du « roi du suspense » lorsqu’elle s’entraînait à l’écriture. Ce n’est pas la première fois que l’on présente le travail de Jeong You Jeong. Vous pouvez retrouver ici les avis concernant Généalogie du mal et Traversée de l’été. Un Bonheur parfait est son sixième roman, paru en 2021 en Corée du Sud. Il est rapidement devenu un best-seller.
L’ambiance s’installe dès les premières pages. Jiyu observe sa mère Yuna préparer de la nourriture pour les canards. Elles sont pour quelques jours dans la maison des grands-parents de Yuna qui l’a reçue en héritage. Mais cette dernière est contrariée. Si ce n’est pas la faute de Jiyu, celle-ci doit faire attention de ne pas en rajouter. Sinon sa mère l’abandonnera. Et surtout, elle doit garder le secret sur ce qui se passe dans cette maison…

Mon avis sur Un Bonheur parfait
Un thriller particulier qui m’a mis bien mal à l’aise grâce à son sujet : la manipulation ! On plonge dans le quotidien de trois personnages. Ils sont éloignés les uns des autres, mais leur monde tourne – volontairement ou non – autour de Sin Yuna.
« Chaque être humain évolue dans un univers en accord avec ses croyances. Celui de sa femme est fondé sur une perfection dépourvue de tout défaut et toute faille. Elle croit que le bonheur nait d’une famille parfaite. Cette conviction est proche d’une religion. Il n’y a pas de place pour le compromis. Elle n’a donc pas pu accepter son refus. »
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La manipulation et l’emprise sont des sujets souvent abordés et mal réceptionnés. Si la première intention est de dénoncer, le fait de mettre en avant la personne qui manipule va enclencher une fascination, voire une glorification chez certains spectateurs. Ici, Jeong You Jeong, prend le parti de montrer l’impact de la manipulation à travers trois personnages centraux :
- Jiyu, fille de Yuna
- Cha Eun Ho, second mari de Yuna
- Sin Jae In, grande sœur de Yuna.
J’ai senti rapidement que le sujet de la manipulation était bien traité : on sent son impact sur chacun des personnages, peu importe leur niveau de proximité avec la personne manipulatrice. Les informations et les preuves que Yuna n’est pas une « bonne » personne sont visibles pour un regard extérieur. Dès le début. Et cela a de quoi vous retourner l’estomac quand vous comprenez jusqu’où va Yuna… Et c’est peut-être pour ça que le livre est très bon : tous les mécanismes de manipulation sont présents. On assiste, impuissant, au piège de Yuna qui se referme sur ses proches. Des pièges disséminés depuis des mois, des années qui prennent effet. Du gaslight (ou gaslighting, technique où l’information est faussée, faisant ainsi douter la victime de sa mémoire et à long terme de sa perception de soi et de la réalité), parfois subtil, parfois pas du tout. Et ces trois personnages qui refusent d’y croire, qui doutent de leur mémoire, qui doutent d’eux. L’autrice confirme mes craintes à la fin : il y a eu des recherches pour le livre, mais elle en fut également victime. L’intention de ne pas donner la parole au manipulateur est un très bon choix. Les lecteurs pourront saisir ce qui se passe dans la tête des victimes et possiblement changer d’avis en comprenant qu’il est extrêmement difficile de sortir de l’emprise d’une personne.
« Mais quand elle devient « orpheline » par punition, elle perd cette certitude. Maman ne vient plus la chercher, ne lui téléphone plus. […] Ça peut durer une semaine si maman est un peu en colère, et un mois si elle est très fâchée. »
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Si ma lecture a été inconfortable, j’ai eu du mal à lâcher le livre. Car j’ai eu beaucoup d’empathie pour nos trois personnages, Jiyu battant tout le monde à ce niveau. Malgré la manipulation, ils prennent des décisions et essayent de faire confiance à ce qu’ils perçoivent. Des petits signaux deviennent des déclics et montrent qu’il est possible de s’en sortir. Au-delà d’un passé qui peut vaguement expliquer le comportement de Yuna (et en rien l’excuser), je retiens la résilience. Mais cela suffira-t-il avant que l’échéance funeste n’arrive ? Pour avoir la réponse, vous savez ce que vous devez faire.
« Cette maison impeccable le dérange infiniment. La tranquillité qui règne sous ce toit semble dire qu’il ne manque plus qu’un élément à effacer pour atteindre la perfection, et cette idée l’oppresse. Cet élément n’est autre que lui-même. »
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Où trouver Un Bonheur parfait ?
Jeong You Jeong, Un bonheur parfait, traduit par Lim Yeong Hee et Suzy Borello, Éditions Picquier, mars 2024, ISBN : 978-2-8097-1666-5, au prix de 23 euros.
Source images : Hachette Australia | Korea Times

