Le mardi 3 juin 2025 en Corée du Sud, s’est tenue l’élection présidentielle anticipée, à la suite de la destitution du président conservateur Yoon Suk Yeol. A l’issue du scrutin, le démocrate Lee Jae Myung a été élu par les Sud-Coréens pour assurer la présidence.
Une élection en contexte de crise
Après la déclaration de la loi martiale par le président Yoon en décembre 2024, la Corée du Sud était plongée depuis six mois dans une crise institutionnelle et politique profonde. L’élection présidentielle anticipée apparaissait alors comme l’issue positive, permettant au pays d’aller de l’avant et de faire face aux divers enjeux politiques, économiques et sociétaux (baisse de la natalité, inflation, menace nord-coréenne…). Ce contexte explique en partie le très important taux de participation à cette élection, qui s’est établi à 79,4 %, le plus élevé depuis vingt-huit ans.
Lee Jae Myung, figure politique du Parti démocrate reconnue et ancien chef de l’opposition, a donc été élu pour devenir le 21e président de la République de Corée, à 49,42 % des voix, assurant ainsi l’alternance politique et devançant son rival du Parti du pouvoir du peuple (PPP), Kim Moon Soo (41,15 % des voix). Ce résultat s’explique largement par la forte volonté des électeurs sud-coréens de tourner le dos au PPP, le camp de l’ancien président Yoon. Lors de son serment, Lee a insisté sur la restauration de la démocratie et de la vie politique, ainsi que sur l’unité nationale, la vie quotidienne des citoyens et l’économie, se plaçant ainsi en « président de tous ».
Lee, homme de 60 ans, ancien ouvrier devenu avocat spécialisé dans les droits humains, avait échoué lors de l’élection présidentielle de 2022 face à Yoon. Après avoir frôlé la mort en 2024 lors d’une tentative d’assassinat, il a fait campagne en gilet pare-balles et prononcé ses discours derrière des vitres blindées. Lee s’était également distingué le soir de la déclaration de la loi martiale en diffusant en direct sa course vers le Parlement pour voter, auprès de 200 autres députés, une motion de censure à l’encontre de Yoon.
Selon un sondage réalisé les 4 et 5 juin par Realmeter, 58,2 % des Sud-Coréens ont estimé que Lee Jae Myung pourrait réussir à la tête de l’Etat (soit près de 6 personnes sur 10). À titre comparatif, ils étaient 74,8 % après l’élection de Moon Jae In en 2017 (candidat démocrate élu après la destitution de la présidente Park Geun Hye). Ce pourcentage baisse à 41,3 % chez les jeunes âgés de 20 à 30 ans. Ce soutien mitigé peut s’expliquer par les divers scandales de corruption et poursuites judiciaires dont Lee a fait l’objet avant son élection. En vertu de l’immunité présidentielle prévue par la Constitution sud-coréenne, la Haute Cour de Séoul a décidé le report des poursuites jusqu’à la fin de son mandat.
Lee Jae Myung commence son mandat en grande pompe
Lee a donc officiellement commencé son mandat présidentiel le mercredi 4 juin à 6 h. Il a rapidement dévoilé la composition de son gouvernement, dont Kim Min Seok, député démocrate, désigné comme Premier ministre. Un premier conseil des Ministres s’est également tenu le jour même.
Comme évoqué ci-dessus, le mandat de Lee sera marqué par des enjeux majeurs, tout d’abord sur le plan institutionnel : il prévoit notamment de réviser les lois relatives à l’état d’exception et de renforcer la neutralité politique des forces armées. Lee a particulièrement souligné sa volonté de se pencher rapidement sur les politiques touchant la vie quotidienne des citoyens. À cet égard, Lee a présidé le 9 juin une réunion du groupe de travail d’urgence sur l’économie, dont la question centrale était l’inflation et lors de laquelle il a demandé à chaque ministère de préparer des mesures afin de contrer les grandes souffrances que la hausse des prix cause à la population.
Lee devra également rattraper un certain vide diplomatique laissé depuis la déclaration de la loi martiale par la succession des présidents par intérim. Il a d’ailleurs commencé par des échanges téléphoniques avec le président américain Donald Trump puis le Premier ministre japonais Shigeru Ishiba. Lee a insisté auprès de ses homologues sur l’importance de leur coopération bilatérale, tout particulièrement dans le cadre des négociations tarifaires avec les États-Unis, ainsi que trilatérale. Il est prévu que Lee fasse ses débuts en diplomatie multilatérale lors de la réunion du G7 qui aura lieu au Canada du 15 au 17 juin.
La relation avec le voisin du Nord fera également partie des lourds dossiers que la nouvelle présidence devra aborder. À ce sujet, Lee s’est engagé à renouer avec Pyongyang. « Quel que soit le coût, la paix est préférable à la guerre », a-t-il déclaré, promettant de « dissuader les provocations nucléaires et militaires nord-coréennes tout en ouvrant des voies de communication ».
Sources : KBS World French (1) (2) (3) (4) (5) (6) (7) (8) (9) (10) | Yonhap (1) (2) | Le Monde
Source image : Le Monde
Article rédigé par Romane TOMIO.

