La dynastie Kim règne sur la Corée du Nord depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Cependant, on connaît peu de choses sur elle. Dans La dynastie rouge, Pascal Dayez-Burgeon met en lien l’histoire des trois dirigeants Kim à celle de la Corée du Nord.
Présentation de Pascal Dayez-Burgeon
Diplômé de l’ENS, de Sciences Po Paris et agrégé d’histoire, Pascal Dayez-Burgeon est le directeur adjoint de l’Institut des sciences de la communication du CNRS. Il a été diplomate en Corée du Sud entre 2001 et 2006, travaillant au service culturel de l’ambassade de France. Pendant sa carrière, Pascal Dayez-Burgeon a rédigé plusieurs essais centrés sur la Corée, tels que Les Coréens (2011), Histoire de la Corée des origines à nos jours (2012) et De Séoul à Pyongyang, idées reçues sur les deux Corées (2013).
Résumé de La dynastie rouge
La dynastie rouge n’est pas une simple biographie. Son auteur, à travers les parcours de ses trois dirigeants successifs, nous explique comment la Corée du Nord survit en s’adaptant au monde qui l’entoure, passant d’une marionnette de l’URSS (sous Kim Il Sung) dont elle se détache ensuite pour devenir l’unique monarchie communiste dans le monde de l’après-guerre froide (sous Kim Jong Il), notamment grâce à l’arme nucléaire et au cyber (sous Kim Jong Un).


Mon avis sur La dynastie rouge
Pascal Dayez-Burgeon, un style efficace
Parlons du style de l’auteur. En effet, Pascal Dayez-Burgeon, peut-être grâce à son expérience de diplomate, sait écrire des phrases percutantes, qui parviennent à nous faire comprendre leur message rapidement, et surtout à nous en souvenir. Son style est très efficace.
Conscient que la culture et l’histoire coréennes ne sont pas connues de tous en France, il a régulièrement recours à des comparaisons avec des concepts ou des figures occidentales, qui permettent au lecteur de rapidement situer ses propos : la famille Windsor, Tintin, Henri IV… Ainsi, on comprend facilement les liens entre ces notions et les actions entreprises par les membres de la dynastie Kim.
« Comme les empereurs de Chine ou du Japon, comme César, comme Auguste, sa mort lui a conféré l’apothéose. Désormais, Kim Il-sung siège au banquet des dieux. »
Pascal Dayez-Burgeon, La dynastie rouge, page 249

La dynastie rouge, un régime marqué par la contradiction
On dit souvent que le régime nord-coréen agit de manière contradictoire. La dynastie rouge l’illustre de manière claire, grâce à de nombreux exemples (comme l’utilisation de la religion, pourtant non autorisée, à des buts de propagande). Mais ce qui est vrai sur des « détails » caractérise aussi l’idéologie du régime : alors que celui-ci affirme regarder vers l’avenir en se consacrant à la conquête spatiale et au cyber, il ne cesse de se retourner vers le passé en liant ses dirigeants à des figures historiques, inscrivant à la fois la Corée du Nord dans la rupture et la continuité de l’histoire coréenne.
La Corée du Nord, un régime non communiste ?
Un autre point soulevé par La dynastie rouge m’a beaucoup intéressée. En effet, bien que souvent décrite comme un pays ermite, la Corée du Nord se définit par sa place dans le monde, et plus particulièrement vis-à-vis de ses voisins. À ce titre, il est rappelé que la dynastie Kim reproduit la relation fraternelle qui existait entre Joseon et la Chine des Ming, et reste attachée à la lutte anti-japonaise développée pendant l’occupation de la péninsule.
Mais surtout, selon Pascal Dayez-Burgeon, le régime nord-coréen ne serait communiste que de nom. Ainsi, si le rattachement de Kim Il Sung au bloc communiste formé par l’URSS lui a permis de prendre le pouvoir et d’être soutenu pendant la guerre de Corée, cette dynamique a progressivement changé. Dès les années 1970, la doctrine du juche puis la nouvelle constitution ont confirmé la place de la monarchie nord-coréenne et supprimé toute référence au marxisme-léninisme, marquant une déviation vers le nationalisme. Un point qui en dit long sur la dynamique entre la Corée du Nord et ses voisins de l’ancien bloc communiste.
« Même s’il affiche son appartenance au bloc soviétique, Kim Il-sung est avant tout coréen. Son appartenance au bloc socialiste est un moyen, pas une fin. »
Pascal Dayez-Burgeon, La dynastie rouge, page 157

Conclusion
Je conseille fortement cette lecture, qui prouve que, contrairement à ce qu’on peut entendre, le régime nord-coréen est loin d’être indéchiffrable et que les actions de ses dirigeants, bien que paraissant hasardeuses, s’inscrivent dans une volonté spécifique, celle de survivre.
Où trouver La dynastie rouge ?
Pascal Dayez-Burgeon, La dynastie rouge. Corée du Nord, 1945-2014, Perrin, 446 pages, 2014 (ISBN : 2262040435).
Sources images : PDFprof | Alpha history | The Washington Post

