Le sujet fait la une des médias coréens : après quatre mois de procédure, le président sud-coréen Yoon Suk Yeol a été destitué par la Cour constitutionnelle pour avoir instauré la loi martiale en décembre 2024, une action qui avait fait craindre un coup d’État.
La loi martiale avortée de Yoon Suk Yeol
Depuis son élection en 2022, le président sud-coréen Yoon Suk Yeol faisait face à l’opposition politique du Parti Démocrate, majoritaire à l’Assemblée nationale. Après que ce dernier a déposé une motion début décembre, Yoon Suk Yeol avait pris la décision, le soir du 3 décembre 2024, d’instaurer la loi martiale, d’envoyer des troupes armées à l’Assemblée et d’ordonner l’arrestation de plusieurs hommes politiques. Une décision qui avait été réfléchie en amont par le président et des responsables militaires, selon l’enquête menée par la justice (voir notre article récapitulatif de fin d’année).
Rapidement, de nombreux responsables militaires et politiques ont été entendus par la justice. Parmi eux figurait le Premier ministre Han Duck Soo, qui a assuré l’intérim de la présidence après le 4 décembre et a été visé par une motion de censure du Parlement. Toutefois, sa destitution a été rejetée par la Cour constitutionnelle. Quant à Yoon Suk Yeol, il a été provisoirement arrêté dans le cadre d’une enquête pour appel à l’insurrection, avant d’être libéré le 8 mars.
Depuis la fin de la loi martiale, au matin du 4 décembre, la société sud-coréenne est divisée : tandis que de nombreux citoyens ont manifesté dès la soirée du 3 décembre pour défendre la démocratie, d’autres rassemblements ont eu lieu en soutien au président Yoon Suk Yeol, accusant le Parti Démocrate d’être manipulé par la Corée du Nord. Ces derniers estiment que la Corée du Sud devait faire face à cette menace intérieure avec l’aide des États-Unis.


Le président Yoon Suk Yeol destitué par la Cour Constitutionnelle
Cette journée du 4 avril, marquée par l’annonce du verdict de la Cour constitutionnelle sur la destitution du président Yoon Suk Yeol, était donc très attendue, que ce soit par la population, les partis politiques coréens ou la presse internationale. Dès les premières heures de la journée, les stations de métro ont été fermées et la police déployée à Séoul afin de limiter les violences susceptibles d’éclater lors de manifestations. Les ambassades étrangères, comme celle de France, avaient également recommandé à leurs ressortissants de limiter leurs déplacements.
Le résultat du vote de la Cour constitutionnelle a été diffusé en direct à la télévision sud-coréenne à 11 h. À l’unanimité (8-0), les juges de la Cour ont prononcé la destitution de Yoon Suk Yeol, avec effet immédiat. La Cour a reconnu que Yoon Suk Yeol n’avait pas le droit de déclarer la loi martiale ni d’envoyer des troupes armées pour empêcher l’application d’un décret. De plus, elle a affirmé que la loi martiale ne pouvait pas « être utilisée comme avertissement », une justification avancée par Yoon Suk Yeol, car ce n’est pas la finalité de cet outil juridique. Enfin, la Cour a estimé que l’envoi de troupes militaires à l’Assemblée nationale constituait une menace pour la gouvernance démocratique.
Depuis l’instauration de la démocratie en Corée du Sud en 1993, Yoon Suk Yeol est le deuxième président à être destitué. Avant lui, Park Geun Hye, également membre du Parti Pouvoir au Peuple, avait subi le même sort. Yoon Suk Yeol, procureur avant d’accéder à la présidence, avait d’ailleurs joué un rôle clé dans l’enquête ayant conduit à sa destitution.


La Corée après la destitution de Yoon Suk Yeol
À l’annonce du verdict, des milliers de Sud-Coréens ont célébré dans les rues de Séoul et d’autres villes du pays, exprimant leur soulagement de voir la démocratie préservée. Cependant, des figures de l’extrême droite ont, de leur côté, appelé à manifester en soutien à Yoon Suk Yeol.
Sur le plan politique, le Parti Pouvoir au Peuple a accepté le verdict de la Cour constitutionnelle et présenté ses excuses, tandis que le Parti Démocrate a salué une victoire du peuple. Par l’intermédiaire de ses avocats, Yoon Suk Yeol s’est dit désolé de ne pas avoir été à la hauteur des attentes. Plusieurs membres de son bureau ont démissionné dans la foulée.
Ainsi, la présidence par intérim sera de nouveau assurée par Han Duck Soo, qui entend garantir la stabilité du pays jusqu’aux élections présidentielles anticipées. Il a appelé à l’union des partis politiques afin de favoriser une transition sans incident. Ces élections, qui doivent avoir lieu dans les 60 jours suivant la destitution du président, sont estimées au 3 juin, afin de laisser le temps aux partis de s’organiser. Les candidats officiels devraient donc être connus d’ici le 11 mai.
Cependant, bien que la situation politique semble s’apaiser en Corée du Sud, la société reste polarisée, une tendance amplifiée par la propagation de fausses informations et de théories du complot, obligeant notamment la police à protéger les juges impliqués dans la destitution du président.
Sources : Yonhap News Agency (1)(2)(3)(4)(5)(6) | The Korea Herald (1)(2) | The Korea Times
Sources images : The Korea Herald (1)(2)

