En Corée, le surnaturel est indissociable de la culture et des croyances populaires. Bien avant l’arrivée d’Halloween, les habitants de la péninsule vivaient déjà avec l’idée que des fantômes et créatures rôdaient dans l’ombre…
Certains esprits hantaient les maisons ou les montagnes, d’autres apparaissaient comme des présages, et tous avaient une fonction symbolique : rappeler la fragilité de la vie, punir l’injustice ou transmettre une leçon de morale.
Spectres et créatures : l’imaginaire effrayant du folklore coréen
Les nuits coréennes, quand elles s’emplissent du bruit du vent dans les bambous et du craquement des vieilles demeures, semblent propices à l’apparition d’êtres venus d’ailleurs. Là où l’Occident parle de sorcières et de loups-garous, la Corée évoque plutôt des jeunes filles vêtues de blanc qui errent, des gobelins joueurs qui surgissent au détour d’un chemin, ou encore des renardes à neuf queues aux charmes mortels.
Cheonyeo Gwisin, l’âme en peine des traditions coréennes
Un visage effrayant, de longs cheveux noirs laissant leur expression à l’abri des regards, vêtues uniquement de blanc et les mains serrées. Elles comptent parmi les fantômes les plus représentatifs de Corée du Sud, ce sont elles qui envahissent l’esprit de chaque Coréen à l’entente du mot « fantôme ».

Littéralement, Cheonyeo Gwisin (처녀귀신) correspond à « fantôme vierge ». Décédés sans mariage ou insatisfaits, ces fantômes de femmes restent parmi nous en raison de leur fort ressentiment. Elles sont ainsi reconnues pour attaquer, oppresser, ou chatouiller leurs victimes avec leurs cheveux. Selon les croyances, les femmes possédées par un fantôme vierge ne parviennent pas à se marier et sont forcées à ressentir un profond ressentiment pour les hommes.
Particulièrement fuies par les femmes, il existe tout de même un moyen d’apaiser ces âmes. En effet, pratiquer le mariage d’âmes avec leur contraire, les fantômes célibataires (몽달귀신 mongdal gwisin), permet d’atténuer leur rancœur.
Contrairement aux croyances occidentales, ces fantômes ne sont pas considérés comme des esprits maléfiques mais plutôt comme des âmes errantes. Les Cheonyeo Gwisin peuvent notamment être comparées à la légende de la Dame Blanche.
Les Dokkaebi, gardiens malicieux des nuits
Leur tenue rudimentaire peuvent leur accorder un aspect inoffensif. Pourtant, leurs cornes et leur gourdin devraient nous alerter. Malicieux, espiègles, grotesques, sont les premiers adjectifs pour les qualifier.
Êtres mythologiques et surnaturels du folklore coréen, les Dokkaebis sont issus d’anciennes croyances chamaniques : un esprit de la nature bien souvent assimilé aux montagnes et aux forêts. Selon la légende, les Dokkaebis ont pour origine l’animation d’un objet quelconque. Il ne faut pas les sous-estimer pour autant : ils aiment jouer des tours, voler des objets ou encore effrayer. Pour autant, ils s’attachent à récompenser les personnes qu’ils jugent honnêtes.

Le mythe des Dokkaebis a largement inspiré la culture populaire coréenne contemporaine, notamment à travers le drama Goblin (도깨비, 2016). Le Dokkaebi n’y est pas présenté comme une simple créature malicieuse mais comme un être immortel, puissant et particulièrement mélancolique. Ce mélange de surnaturel, de romance et de quête existentielle a rencontré un immense succès en Corée et à l’international, montrant combien ces figures du folklore peuvent être réinterprétées et continuer à captiver les imaginaires modernes.
Monstres coréens : entre séduction, métamorphose et destruction
Parmi les monstres du folklore coréen, le renard à neufs queues, le Gumiho (구미호), est sans aucun doute la créature la plus connue en Occident. Pourtant, il est bien loin d’être le seul à hanter l’imaginaire collectif. À quelques pas de cette figure de métamorphose et de séduction, le Bulgasari (불가사리) incarne une menace d’une tout autre nature.
Un corps d’ours, des yeux de rhinocéros, des griffes de tigre ou encore un nez d’éléphant… Cette créature mythologique coréenne issue d’une tradition narrative est souvent décrite comme un être hybride au regard féroce. Sa peau dure comme le fer le rend invulnérable aux armes et ses défenses acérées renforcent la force et la nature sauvage qu’il symbolise.

Animal solitaire, il apparaît comme une véritable anomalie, quelque chose que l’on ne peut ni expliquer, ni comprendre. Mangeur de métal, plus il s’alimente, plus il grandit : selon la légende, il aurait été façonné d’un simple grain de riz et nourrit d’aiguilles.
Ce monstre colossal s’impose comme l’une des créatures les plus redoutables du bestiaire coréen. Dévoreur de destruction, symbole de peur et de chaos, il est le reflet des angoisses et des croyances d’une époque ancienne.
Les ombres d’Halloween à la coréenne
Quand la nuit d’Halloween s’installe sur la péninsule, elle n’invite pas les vampires ni les fantômes occidentaux, mais des esprits plus anciens, issus des montagnes, des forêts et des légendes. Les Cheonyeo Gwisin hantent encore les rêves des vivants, les Dokkaebi s’amusent à troubler la nuit, tandis que le Bulgasari gronde dans l’imagiaire collectif. Mêlant frisson, poésie et symbolisme, sous la lune d’octobre, Halloween en Corée devient une célébration du mystère et du surnaturel, où l’imaginaire se teinte de sagesse et de traditions.
Sources : ABC l Mythologica l Mythlok l Mythologica
Images : Flickr l Photo Korea l Research Gate

