Le 19 décembre, le président sud-coréen Lee Jae Myung évoque, lors d’une réunion du ministère de la Réunification, un possible rapatriement en Corée du Nord des « prisonniers de longue durée non convertis », via la Chine.
Les « prisonniers de longue durée non convertis »
Les « prisonniers de longue durée non convertis » (비전향 장기수) est un terme utilisé en Corée pour désigner les anciens espions et soldats nord-coréens restés fidèles à l’idéologie nord-coréenne du juche malgré leur détention au Sud. Arrêtés avant et pendant la guerre de Corée (1950-1953), ils ont longtemps été considérés comme des « combattants patriotiques favorables à la réunification » par le Nord et comme des « espions pro-communistes » par le Sud, qui se considérait menacé par la Corée du Nord.
Dans les années 1970, la Corée du Sud a cherché à « convertir » ces dissidents politiques à travers l’instauration d’une unité spéciale au ministère de la Justice visant à faire pression sur eux. En une décennie, le nombre de dissidents a ainsi été divisé par trois. À partir de 1975, les dissidents restants ont été placés dans des centres de « détention préventive ». La plupart ont ensuite été libérés en 1989 lors de l’évolution de la loi ou par des grâces présidentielles.
En 1993, le président Kim Young Sam a autorisé un ancien correspondant de guerre à retourner au Nord via Panmunjeon, village situé au cœur de la DMZ où les deux Corées ont l’habitude de tenir leurs pourparlers militaires. En 1998, dans un contexte de relance des discussions intercoréennes, le président sud-coréen Kim Dae Jung a amnistié les prisonniers de longue durée non convertis, de plus de 70 ans et certains malades. L’année suivante, 17 autres prisonniers ont été amnistiés. Lors de la Déclaration conjointe Nord–Sud du 15 juin 2000, 63 prisonniers ont été autorisés à partir au Nord, où ils ont reçu le Prix national de la réunification.
Bien que ces rapatriements aient été organisés dans l’espoir de faciliter les discussions intercoréennes et de rapatrier les Sud-Coréens prisonniers au Nord, Pyongyang n’a jamais effectué de geste réciproque. Ainsi, aucun autre rapatriement n’a eu lieu depuis 2000, alors que nombre de ces prisonniers sont aujourd’hui décédés de vieillesse ou de maladie.
Ahn Hak Sop, un prisonnier depuis 1953 qui souhaite mourir en Corée du Nord
Ahn Hak Sop est un de ces « prisonniers de longue durée non convertis ». Né en 1930 sur l’île de Ganghwa (aujourd’hui en Corée du Sud), Ahn Hak Sop s’est opposé à la présence états-unienne en Corée, le menant à s’engager dans l’Armée populaire nord-coréenne lors de la guerre de Corée. Capturé en 1953, il a refusé toute libération conditionnelle impliquant l’abandon de ses convictions politiques. Il est donc resté emprisonné pendant 42 ans, période pendant laquelle il aurait subi une pression physique et psychologique constante pour le pousser à renier son idéologie. Gracié en 1995, il est depuis sous surveillance policière. À 95 ans, il se dit toujours fidèle à la Corée du Nord et refuse toute « conversion ».
Bien qu’ayant refusé de partir au Nord en 2000, Ahn Hak Sop invoque en août 2025 les Conventions de Genève et demande au ministère sud-coréen de la Réunification à être rapatrié au Nord pour mourir « en terre libre », accompagné de cinq autres prisonniers. Il compte sur le soutien du gouvernement sud-coréen et des Nations unies pour traverser la frontière via le village de Panmunjeon, mais le passage lui est refusé par les autorités.
En effet, la loi sud-coréenne interdit aux civils tout contact non autorisé avec la Corée du Nord et toute entrée dans la DMZ : la guerre de Corée s’étant achevée en 1953 sans traité de paix, les deux Corées demeurent en guerre et ce passage pourrait être exploité par la Corée du Nord comme une victoire symbolique.


Vers une nouvelle politique de rapatriement des prisonniers nord-coréens ?
Fin août, le ministère de la Réunification a expliqué être conscient des demandes de ces prisonniers et que la question de leur rapatriement était en cours d’examen. Des entretiens individuels auraient été menés avec les six prisonniers afin de confirmer leurs volontés, selon une représentante d’une association de soutien aux prisonniers de conscience. Le départ du gouvernement conservateur aurait également nourri les espoirs des prisonniers : chaque samedi, Ahn Hak Sop manifeste devant le complexe gouvernemental de Séoul pour que sa demande d’être rapatrié via un pays tiers soit écoutée.
Le 14 octobre, le ministre de la Réunification Chung Dong Young a exprimé un point de vue similaire, si les conditions le permettraient. Un transit par la ville chinoise de Shenyang serait en effet à l’étude, même si la principale difficulté réside dans la volonté de la Corée du Nord d’accepter ces prisonniers. En décembre 2025, le président Lee Jae Myung a laissé entendre que le rapatriement des « prisonniers de longue durée non convertis » serait possible en raison de leur âge et de l’absence de raison de les en empêcher. Le président a également déclaré que les prisonniers devaient assumer eux-mêmes les risques encourus par ce rapatriement.
Le gouvernement sud-coréen espère que ce sujet pourra aider à rouvrir un dialogue avec la Corée du Nord en dépit des tensions actuelles. Mais depuis août, la Corée du Nord ne s’est pas exprimée sur le sujet des rapatriements et n’a répondu à aucune démarche du Sud.
Sources : CNN | Korea JoongAng Daily (1)(2) | The JoongAng | The Korea Herald | The Korea Times
Sources images : CNN | The Korea Times

