La découverte de quatre corps sur l’île de Jeju entre le 22 et le 25 août a mis en lumière une mauvaise gestion des disparitions par la police locale.
Disparitions et corps retrouvés à Jeju
La semaine dernière a été marquée par la découverte de quatre corps de personnes disparues sur l’île de Jeju. Ce 22 août, le corps d’un homme dans la soixantaine qui avait disparu le 28 juin a été trouvé dans la ville de Jeju. Deux jours plus tard, le corps d’une femme de 37 ans, Jang Mi Ran, disparue depuis mai, a été retrouvé dans une ferme à palmiers à 500 mètres de son domicile. La piste du suicide est actuellement favorisée par la police. Depuis, le corps d’un homme d’environ 70 ans a été retrouvé par un pêcheur et un autre corps a été découvert dans une vallée voisine de la ville de Jeju.
Ces découvertes ont mené les médias et la police à s’intéresser au sergent Bu (nom d’emprunt), impliqué dans les deux premiers dossiers cités. En ce qui concerne le soixantenaire, le sergent avait clos le dossier après affirmé à la famille avoir retrouvé l’homme sain et sauf, sans leur transmettre sa localisation. Dans le cas de Jang Mi Ran, le sergent avait déclaré à son petit ami qu’il lui avait parlé au téléphone et qu’elle refusait de lui parler. Mais la police n’a trouvé aucun enregistrement confirmant ces dires.
Depuis sa prise de fonction, le sergent Bu avait traité plus de 300 dossiers de disparitions, ce qui a poussé la police à les réexaminer. Aujourd’hui, dix sont étudiés pour clôture irrégulière.
La police sud-coréenne visée par les accusations
Ce 25 août, le sergent Bu a été arrêté pour manquement à ses devoirs, falsification de documents électroniques officiels et entrave à l’exercice des fonctions officielles. L’officier, qui nie les charges, a été placé en détention d’urgence avant d’être remis en liberté après que le tribunal a examiné la légalité de sa détention. Quatre autres officiers ont été placés en congé administratif, tandis qu’une inspection interne a été ouverte pour vérifier qu’ils avaient correctement géré ces dossiers.
De son côté, le commissaire de la police nationale a présenté ses excuses et promis des mesures pour éviter qu’une telle situation ne se reproduise, notamment en obligeant la validation des clôtures de dossiers de disparitions par un supérieur hiérarchique.
Alors que le président sud-coréen Lee Jae Myung a ordonné une réforme radicale de la police à la suite de l’affaire, le ministre de l’Intérieur Yun Ho Jung a demandé un réexamen massif des dossiers de disparitions clos en Corée. Cela représente 310 000 dossiers au total sur les trois dernières années, dont environ 93 000 à Séoul et 25 000 à Busan. L’objectif est de rouvrir les cas mal gérés pour identifier les failles et garantir l’impartialité des enquêtes.
Des disparitions renforçant la défiance à l’égard de la police
La Corée est un pays où le taux de criminalité est très bas mais où le nombre de suicides est extrêmement élevé. Selon les experts, ce paradoxe explique que le fait que les disparitions ne soient pas prises au sérieux. Sur plus de 70 000 disparitions d’adultes signalées en 2025, 99 % ont été résolues en moins d’un mois. La question est donc de savoir si ce chiffre rassurant a incité les forces de police à moins s’attarder sur les disparitions, ou s’il résulte justement de clôtures trop rapides de dossiers non résolus.
Par ailleurs, cette affaire intervient après une réforme consistant à transférer le pouvoir d’investigation des procureurs vers la police. Cette mesure est très impopulaire auprès du public, qui accuse la police de corruption depuis des années. Dans ce contexte, le gouvernement sud-coréen s’inquiète du manque de responsabilité des forces de l’ordre, qui questionne la légitimité de cette réforme.
Enfin, cette affaire, associée à la récente arrestation d’un ancien policier de l’île pour avoir poignardé sa femme à mort, déstabilise le tourisme local. Alors que Jeju est historiquement la destination de vacances préférée des Coréens avec plus de 13 millions de touristes nationaux et étrangers en 2025, les appels à annuler les voyages et à se méfier de certains lieux se multiplient sur les réseaux sociaux.
Sources : BBC | Independent | NBC News | Yonhap News Agency (1)(2)(3)
Source image de Une : BBC

