Le troisième volet de notre série sur la couleur à travers les œuvres d’artistes coréens s’articule cette fois autour du blanc. La symbolique de cette couleur porte essentiellement sur la pureté, la paix et la tempérance, voyons comment les artistes présentés ici interprètent cette couleur.
Moon Jar, Kwon Dae Sup
Intemporalité de la couleur
L’un des symboles les plus importants de l’art coréen est la « Moon Jar » (Dalhangari), un type de céramique en porcelaine blanche, fabriquée à la fin de la période Joseon (XVIIe-XVIIIe siècles). Associée à la lune par sa forme et sa texture, elle est devenue un symbole d’harmonie et d’équilibre dans la culture coréenne, notamment en raison de sa couleur blanche, synonyme de pureté en Corée. L’artiste Kwon Dae Sup a choisi de consacrer son travail à cette forme de céramique, en utilisant les techniques traditionnelles pour ancrer ses œuvres dans une dynamique intemporelle. Son approche laisse place aux irrégularités qui naissent du travail de la porcelaine, tant au niveau de la forme que de la texture, afin de mettre en lumière le potentiel moderne de ces céramiques séculaires.

Untitled, Kwon Young Woo
Monochrome blanc et dimensionnalité
Kwon Young Woo est l’un des artistes pionniers du mouvement Dansaekhwa en Corée du Sud, caractérisé par l’exploration de l’abstraction à travers la monochromie, la matérialité et le geste. On retrouve ces questionnements dans l’œuvre de l’artiste, notamment au travers de son utilisation du papier. Il gratte les toiles, colle d’autres morceaux de papier, et offre ainsi une nouvelle perspective dimensionnelle. On retrouve cette technique dans l’œuvre présentée ici, une toile complètement blanche percée de trous autour desquels le papier est décollé : il me semblait intéressant de montrer une facette non conventionnelle de l’utilisation de la toile et du papier, avec un accès au processus plus direct aussi pour celui qui regarde.

© Kukje Gallery

© Kukje Gallery
My Nature, Cho Eun Hee
L’art du bijou tressé
Une autre artiste propose une nouvelle façon d’aborder le papier : il s’agit de Cho Eun Hee. Elle s’est formée dans la technique traditionnelle du Jiseung : le hanji (papier coréen de mûrier) extrait des livres à l’époque Joseon, est tressé sous forme de cordes pour faire des objets. L’approche de l’artiste Cho Eun Hee réside dans l’exploration du matériau à travers sa flexibilité pour produire un bijou à l’esthétique contemporaine, comme pour l’œuvre présentée My Nature. Elle permet ainsi à la tradition de vivre sous une autre forme tout en conservant un langage commun. Le processus lent et répétitif qui accompagne la création, ainsi que la nature même du matériau complètement naturel et sans transformation, appuient un message également centré autour de la méditation et de la nature.
너의 온기 (Ta chaleur), Byun Dae Young
L’ours polaire blanc, entre innocence et engagement
L’artiste Byun Dae Young accorde lui aussi un certain intérêt pour la nature au travers de sa figure emblématique de l’ours polaire. Sa sculpture en résine d’un blanc immaculé et parfaitement lisse n’est pas sans évoquer un univers enfantin, poétique et chaleureux de prime abord, à travers également la mise en scène de ses animaux, comme ici la maman et son enfant dans son œuvre 너의 온기 (Ta chaleur). Toutefois la figure de l’ours polaire rappelle également les enjeux climatiques auxquels l’animal fait face. L’artiste semble ainsi faire parler fond et forme à travers le symbole de l’ours polaire, en confrontant de manière délicate la pureté de la figure et ce qu’elle évoque aujourd’hui.
Le blanc reste ainsi une source d’expression pour les artistes coréens qui à travers l’exploration matérielle nous proposent une palette d’œuvres inspirantes et novatrices. Qu’il s’agisse de développer une esthétique unique ou de mettre en lumière des enjeux actuels, le langage à travers la couleur blanche permet à chacun de délivrer son message.
Sources : Tina Kim Gallery | Artsy | Tokyo Gallery | Homo Faber (1) (2) | Cho Eunhee | Maison Sia | Kimreeaa
Source Image de une : Homo Faber


