Depuis la visite de Vladimir Poutine à Pyongyang et la signature d’un traité de coopération, le rapprochement entre Moscou et Pyongyang semble favoriser également les liens diplomatiques entre la Corée du Nord et la Biélorussie, illustrés par les félicitations de Kim Jong Un au président Alexandre Loukachenko pour sa réélection.
La Biélorussie en quête d’alliance avec la Corée du Nord ?
Depuis le début de la guerre en Ukraine, la Russie s’est isolée d’une grande partie de la communauté internationale et s’est diplomatiquement rapprochée de la Corée du Nord. Les rencontres successives entre les dirigeants des deux pays, Vladimir Poutine et Kim Jong Un, ont conduit à l’envoi de soldats nord-coréens auprès de l’armée russe sur le front ukrainien et au renforcement des échanges économiques bilatéraux.
Dans le même temps, la Biélorussie est visée par des sanctions internationales pour avoir soutenu la Russie dans le conflit, notamment en laissant les troupes russes circuler sur son territoire. De plus, Alexandre Loukachenko, un vieil allié de Vladimir Poutine qui dirige le pays depuis 1994, n’est pas reconnu par la communauté internationale en raison du manque de transparence des élections présidentielles qu’il a remportées. En octobre 2024, le dirigeant biélorusse affirme par ailleurs à la BBC sa crainte de voir les troupes de l’OTAN (alliance militaire menée par les États-Unis créée pendant la guerre froide et visant à protéger ses membres face à l’URSS) se rapprocher de son pays.
Ainsi, les autorités biélorusses, déjà proches de la Chine avec laquelle elles effectuent régulièrement des exercices militaires conjoints, tenteraient depuis plus de deux ans de se rapprocher des autorités nord-coréennes. En avril 2024, le vice-ministre des Affaires étrangères biélorusse rencontre son homologue nord-coréen Im Chon Il pour renforcer les échanges de haut niveau entre les deux pays et développer leur coopération économique. En juillet, c’est le ministre des Affaires étrangères biélorusse qui se rend en visite à Pyongyang pour rencontrer son homologue nord-coréen Choe Son Hui.

Réponse de la Corée du Nord : sincérité ou pression russe ?
Du côté de la Corée du Nord, les appels du pied de la Biélorussie sont d’abord restés sans réponse. Le 17 janvier, alors que les autorités biélorusses annonçaient que plusieurs pays, dont la Corée du Nord, leur avaient proposé d’organiser un sommet, la sœur de Kim Jong Un, Kim Yo Jong, avait démenti cette offre tout en restant ouverte à une éventuelle discussion. Kim Jong Un avait alors exhorté Alexandre Loukachenko à « clarifier ses intentions ».
Or le 4 février, les autorités nord-coréennes semblent avoir changé d’avis : une semaine après qu’Alexandre Loukachenko a été réélu à 86 % pour un 7e mandat, Kim Jong Un a félicité le président biélorusse dans un message publié en anglais. Cette initiative inédite de la part du dirigeant nord-coréen envers Alexandre Loukachenko témoigne d’un certain rapprochement entre les deux alliés de la Russie.
Cependant, ce message n’a pas été mis en avant dans les médias d’État nord-coréens, ce qui est rare pour une action de Kim Jong Un, d’autant plus que ses félicitations au secrétaire du Parti communiste vietnamien avaient fait la une en Corée du Nord. Certains s’interrogent également sur le temps qu’a mis le dirigeant nord-coréen pour féliciter le résultat des élections, datant du 27 janvier. Un entretien accordé par l’ambassadeur de Biélorussie en Corée du Sud sous-entend également qu’Alexandre Loukachenko pourrait prochainement se rendre à Pyongyang pour discuter avec Kim Jong Un, peut-être en vue de signer une alliance bilatérale visant à réduire la dépendance de la Biélorussie à la Chine et à la Russie.
On pourrait alors se demander si ce rapprochement entre la Biélorussie et la Corée du Nord n’est pas incité par la Russie, qui est aujourd’hui le principal dénominateur commun entre les deux pays. Le changement d’attitude de Kim Jong Un pourrait par ailleurs être lié aux récentes évolutions du conflit et aux rumeurs concernant le retrait des soldats nord-coréens du front ukrainien.


