J’avais beaucoup aimé le film Les enfants du silence, adapté du roman éponyme de Gong Ji Young. Ainsi, quand j’ai vu que cette autrice avait également écrit un roman sur la peine de mort en Corée, un sujet peu abordé quand on parle de la Corée du Sud, je me suis précipitée pour le lire !
L’autrice de Nos jours heureux, Gong Ji Young
Gong Ji Young est une autrice sud-coréenne née en 1963. Romancière de la « nouvelle vague » ayant révolutionné la littérature coréenne dans les années 1980 et 1990, elle commence à écrire dès son adolescence. Diplômée d’une licence en littérature à l’université Yonsei, elle publie son premier roman Quand l’aube se lève en 1988, un ouvrage conçu lorsqu’elle était en prison en raison de son action au sein des mouvements étudiants pour la démocratisation de la Corée du Sud.
De manière générale, les romans de Gong Ji Young abordent aussi les thèmes de la condition des travailleurs, des exclus et des handicapés. L’autrice s’est aussi imposée comme féministe en 2002 avec son roman Ma très chère grande sœur, dans lequel elle aborde la place des femmes dans la société patriarcale et l’égalité des sexes.
Résumé de Nos jours heureux
Après plusieurs tentatives de suicide, Yujeong est emmenée à la Maison d’arrêt de Séoul par sa tante Monica, une religieuse. Elle y rencontre Yunsu, un condamné à mort avec qui elle ne semble partager aucun point commun au premier abord. Mais au fur et à mesure de leurs discussions, Yujeong et Yunsu réparent tous deux leurs âmes meurtries par les épreuves passées et recommencent à croire en l’amour sous toutes ses formes. Parallèlement à cette histoire, le roman comporte des pages d’un « cahier bleu », qui nous présente l’histoire du détenu à la première personne.


Mon avis sur l’ouvrage
Je m’attendais à apprécier ce roman en raison de ses thématiques et de la réputation de son autrice, et je n’ai pas été déçue. Nos jours heureux est une histoire très touchante qui m’a fait verser quelques larmes, mais aussi un pamphlet contre la société sud-coréenne.
Nos jours heureux, un roman attachant
J’ai été touchée par les relations développées dans le roman, à savoir celle entre Yujeong et Yunsu, et celle entre Yujeong et sa tante Monica. La première m’a frappée par les points communs entre cette fille de bonne famille et ce condamné à mort : en dépit de leurs destins opposés, ils ont tous les deux côtoyé la mort et devront bientôt l’affronter d’une manière ou d’une autre, et ont eu des relations conflictuelles avec leurs parents. Ces similitudes nous rappellent que la mort fait partie de nos vies et que notre entourage structure qui nous sommes. Parallèlement, alors qu’on s’attache à Yunsu grâce aux pages du « cahier bleu », on suit le parcours de Yujeong à la manière d’un roman d’apprentissage : en acceptant de ne pas s’arrêter aux apparences et aux préjugés, elle réalise que malgré les épreuves qu’elle a traversées, elle reste plus chanceuse que d’autres, issus de classes sociales moins favorisées.
L’indignation de Gong Ji Young
Ensuite, Nos jours heureux m’a beaucoup plu car l’autrice est parvenue à y relever les défauts de la société coréenne, qui expliquent certains éléments du scénario. On peut revenir sur le sujet des apparences : les familles coréennes cherchent à préserver leur image pour ne pas être exclues de la société, menant la mère de Yujeong à minimiser les problèmes subis par sa fille. L’autrice nous fait comprendre qu’il ne faut pas en vouloir à cette mère, qui subit également la pression de cette société à changer. Dans cette continuité, on comprend que la peine de mort, sujet principal de Nos jours heureux, est en quelque sorte un outil dont se sert la société coréenne pour se débarrasser des éléments perturbateurs qu’elle a elle-même créés, au lieu de se remettre en question. Enfin, le roman est l’occasion pour Gong Ji Young de défendre des sujets chers à son cœur tels que la dénonciation des conditions de vie dans les prisons, de la dictature coréenne et des carences du système de santé coréen.
Où trouver Nos jours heureux ?
Gong Ji Young, Nos jours heureux, traduction de Kyungran Choi et Isabelle Boudon, Editions Picquier, 336 pages, 2014 (ISBN : 978-2-8097-1024-3).
Sources images : Editions Picquier | La esfera de los libros

