Il est de ces récits célèbres qui se transmettent de troupe itinérante en troupe itinérante sur les marchés de Corée. L’histoire de Byon Gangsoé (변강쇠전) est l’un de ceux-ci. Sans auteur, il fut cependant couché sur papier par le lettré et musicologue Shin Jae Hyo (1812–1884) alors que celui-ci retranscrivait la culture musicale populaire du pansori (판소리).
Mais qu’est-ce que le pansori ?
Bien qu’un article plus conséquent lui sera réservé prochainement, cet art dramatique repose sur le mime, le chant, le rythme et le conte. Un gwandae (광대) récite, chante et joue la pièce. Il est accompagné par un joueur de tambour Puk. Autrefois psalmodié par des hommes, ce sont aujourd’hui principalement des femmes qui interprètent ces pièces. Parmi les plus célèbres et contemporaines, on trouve Park Song Hee (reconnue comme un Trésor National Vivant) et sa disciple Min Hye Sung (qui vient régulièrement en France et en Belgique dans le cadre du festival K-Vox).
Extrait de la pièce de pansori moderne de Lee Ja Ram, La Bonne Âme de Setchouan adaptée de l’œuvre de Berthold Brecht
Résumé
L’histoire de Byon Gangsoé raconte le malheur qui s’abat sur un couple libidineux et les imprudents qui s’en approchent. Tout commence avec une femme à la beauté à ce point fatale que les hommes qui l’approchent tombent comme des mouches. Cette beauté, fatiguée de ses veuvages et surtout chassée par les femmes des provinces du Nord, s’en va sur les routes. Elle rencontre le vaurien et fourbe Byon Gangsoé et après quelques badinages protocolaires, ils se « marient ».
Or Byon Gangsoé, en plus d’être un personnage violent, fainéant et vulgaire, est aussi profondément stupide. Il réussit à se mettre les esprits des bois à dos (dans un passage magnifique dont je vous laisse l’agréable lecture) et est maudit. Il n’échappe pas à la malédiction qui touche tous les hommes qui aimèrent sa femme et meurt assez atrocement. La belle cherche alors désespérément à le faire enterrer mais qui s’approche du cadavre de Byon Gangsoé vient s’ajouter à la macabre comédie.
Du potache très classe
Vous l’aurez compris à la lecture de ces quelques lignes, L’histoire de Byon Gangsoé est teintée d’érotisme, de burlesque et d’humour noir. La mort y est une drôle de comédie à laquelle les personnages ne peuvent pas échapper. Elle est aussi parsemée de références chinoises et de poésies qui s’élèvent avec finesse pour mieux accentuer les descriptions suggestives. Dans un grand écart littéraire, on y trouve à la fois les préceptes moraux confucianistes, des superstitions populaires et des rites chamaniques. C’est ainsi une œuvre de lettrés très poussée. Outre les références constantes à la littérature chinoise, on retrouve un passage de description médicale et des remèdes efficaces à telle ou telle maladie.
Une histoire parodique avec de nombreux pastiches
L’histoire de Byon Gangsoé est une parodie des pansori classiques comme Le chant de la fidèle Chun Hyang. Ce pansori présente des personnages intègres qui sont récompensés après bien des souffrances de leurs amours loyaux. Dans L’histoire de Byon Gangsoé, l’épouse se lamente sur la dépouille de son mari, rappelant les pleurs fidèles de Chun Hyang. Mais les spectateurs savent que les réalités physiques de cette femme, dix fois veuve, auront bien vite raison de ses lamentations. Ainsi, même si le texte se termine sur des préceptes moraux, le récit semble bien montrer combien ces discours éloquents ne résistent ni aux colères des esprits, ni aux contraintes de la vie.
L’humour noir, dès lors, sert à atténuer cette réalité crue.
À la fois parodique et critique, L’histoire de Byon Gangsoé inspira, à son tour, de nombreux pastiches. Les 6e et 7e Arts puisent régulièrement dans cette source pour trouver des personnages ridicules et pour réaliser des films comiques ou érotiques. Mais ceci fera l’objet d’un prochain billet.
En conclusion, si vous passez près d’une librairie où vous savez pouvoir trouver des livres coréens, n’hésitez pas à vous offrir L’histoire de Byon Gangsoé. Elle vous fera rire. Elle vous fera comprendre beaucoup de choses sur la culture coréenne. Et si à l’avenir, vous reconnaissez quelques traits d’humour similaires dans un drama ou un film, vous saurez qu’elle en est la source !
Où le trouver en français ?
Les éditions ZULMA proposent une traduction du récit.
Histoire de Byon Gangsoé de Anonyme
Traduit du coréen par Choi Mi Kyung et Jean-Noël Juttet
12,5 x 19 cm • 112 pages
ISBN 978-2-84304-492-2
16,80 € • Paru le 19/11/2009
Article rédigé par Casado Hélène.
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j’ai découvert le pansori à travers cette adaptation de la bonne âme de se chouan de Brecht , pièce que j’avais vu il y a longtemps.Les traductions sur écran étaient indispensables et bien appréciées. et l’humour en aparté de l’actrice était la bienvenue. excellent souvenir.cette soirée s’inscrivait avec d’autres spectacles réalisées par des professionnels mais aussi par des élèves de tous àages grands amoureux de la culture coréeenne.
j’ai découvert le pansori à travers cette adaptation de la bonne âme de se chouan de Brecht , pièce que j’avais vu il y a longtemps.Les traductions sur écran étaient indispensables et bien appréciées. et l’humour en aparté de l’actrice était la bienvenue. excellent souvenir.cette soirée s’inscrivait avec d’autres spectacles réalisées par des professionnels mais aussi par des élèves de tous àages grands amoureux de la culture coréeenne.
Bonjour,
J’ai aussi eu la chance de pouvoir assister à cette pièce lors du festival K-Vox et des nombreux événements de l’année France-Corée. La performance des étudiants étaient en effet très impressionnante.
Je suis très heureuse qu’il vous ait plût et que vous ayez découvert le Pansori par ce biais.
Merci d’avoir lu cet article. Je tâcherais de vous en proposer un ultérieur plus spécialisé sur le Pansori.
Bonjour,
J’ai aussi eu la chance de pouvoir assister à cette pièce lors du festival K-Vox et des nombreux événements de l’année France-Corée. La performance des étudiants étaient en effet très impressionnante.
Je suis très heureuse qu’il vous ait plût et que vous ayez découvert le Pansori par ce biais.
Merci d’avoir lu cet article. Je tâcherais de vous en proposer un ultérieur plus spécialisé sur le Pansori.