Si vous aimez lire des oeuvres qui se placent à la croisée des cultures alors Le dit de Sichuan a été écrit pour vous. Évoqué il y a quelque temps dans l’article consacré à l’histoire de Byon Gangsoé, il s’agit d’un pansori contemporain inspiré de la pièce de Berthold Brecht La bonne âme de Se-Tchouan. L’auteur avait choisi, en 1938, la province chinoise de Sichuan comme décors de sa pièce. Lee Jaram a décidé de reprendre le texte de Berthold Brecht et de l’adapter en pansori car il lui semblait que la pièce délivrait un message très important pour ses contemporains.
Quelques mots sur l’auteure

Résumé
Les trois dieux du Bouddhisme, du Christianisme et du Confucianisme descendent dans la ville de Sichuan pour trouver une bonne âme mais il n’en est nul part en cette ère d’individualisme. On leur présente alors, Suntok, une grosse femme qu’on dit être la meilleure âme de Sichuan. Les dieux pour la récompenser de son grand coeur, lui offrent de l’argent avec lequel elle ouvre un restaurant. Mais rester une bonne âme lorsque ses contemporains sont emplis d’égoïsme et de méchanceté est chose laborieuse. En rire et en larme, la douce Suntok nous le fait découvrir à travers son histoire.
Vidéo de présentation du dit de Sichuan au public français
Mon Avis
Le dit de Sichuan est la bouffée d’oxygène dont le genre du pansori avait besoin pour se renouveler. Profondément drôle, c’est une pièce qui parle de la Corée contemporaine avec beaucoup de finesse et de clairvoyance. En suivant l’histoire de Suntok on suit l’intrigue universelle du personnage candide qui est abusé par le monde. Mais on découvre aussi de nombreuses questions sociales propres à la Corée : la cohabitation des trois mouvements religieux prédominants, le dogme des apparences, les difficultés des jeunes coréens à se lancer dans la vie, le suicide et l’escroquerie, la place de la femme en sont quelques thématiques.
Les personnages sont tous incarnés par la chanteuse récitante hormis les trois dieux représentés par des danseurs. Ainsi sur scène vous aurez la chanteuse, trois musiciens et trois danseurs. Pour autant les personnages incarnés sont plus nombreux. Il y a Suntok, son cousin Nam Jaesu, madame Ppaeng, le menuisier, Kyonsik le beau gosse, et toute la ville de Sichuan. C’est ainsi une ribambelle de personnages qu’incarne Lee Jaram. Pour autant, ça n’est en rien ennuyant ou monotone.
Les particularités d’un pansori contemporain
Le théâtre occidental est davantage habitué à multiplier le nombre de comédiens lorsque le nombre de personnages est conséquent. Pourtant dans le pansori, il est très habituel de n’avoir qu’un récitant accompagné d’un percussionniste. Le ton du récit peut ainsi changer à tout instant. Vous entendrez une longue lamentation qui vous mettra la larme à l’oeil, puis soudain vous éclaterez de rire. Car le pansori est à la fois très lyrique et très burlesque. Cela vient du fait que, pendant la période Joseon, le pansori intégrait à la fois des éléments de la culture populaire et de la culture érudite.
La pièce Le dit de Sichuan n’échappe pas à cette règle. On pourrait même dire qu’elle la renouvelle. En effet, le pansori classique s’intéresse aux relations de personnages dans une tradition confucianiste. Ici, Lee Jaram propose de raconter les relations des personnages dans le monde libéral de la Corée du Sud du début du vingt-et-unième siècle. Cette approche rend son message accessible pour les autres pays qui vivent ce même quotidien. C’est aussi une des raisons pour lesquelles elle pioche dans des cultures très diverses.
Si vous avez la chance de pouvoir voir la pièce avec les sous-titres, alors, en plus, de rire à chaque minute par le ton très drôle du texte, vous serez transportez par la voix de Lee Jaram. En attendant, vous pourrez lire le texte traduit par Han Yumi et Hervé Péjaudier. Cette lecture ne vous prendra pas plus d’une journée, mais le désir de la relire, lui, pourrait perdurer.
Où le trouver ?
Le dit de Sichuan de Lee Jaram, traduction de Han Yumi et Hervé Péjaudier, 2011, Ed. Imago, ISBN 978-2-84952-123-6, Prix 20 €, 112 pages.
Sources : Biographie de Lee Jaram | Pansori
Article rédigé par Casado Hélène.

