À la suite de la démission du maire de Busan et du suicide du maire de Séoul en 2020, des élections anticipées ont eu lieu dans ces deux villes début avril 2021. Opposant le Parti démocrate (DP) au Pouvoir au peuple (PPP), elles ont permis de désigner les deux prochains maires en attendant les véritables élections dans 14 mois. Le PPP s’est fortement imposé, montrant la défiance du peuple sud-coréen vis-à-vis du DP, le parti à la tête du pays.
Élections anticipées dominées par des accusations de corruption
Lors de la campagne électorale, les débats se sont davantage portés sur des allégations de corruption que sur des programmes politiques.
Le candidat du PPP, Oh Se Hoon, a par exemple critiqué les échecs économiques de l’administration de Moon Jae In et la hausse des prix du logement à Séoul. La question de l’immobilier est en effet sur le devant de la scène médiatique sud-coréenne depuis mars : des employés de Korea Land and Housing Corp (LH) auraient acheté des parcelles de terrain à Gyeonggi en ayant connaissance d’un prochain plan de développement du gouvernement coréen dans la province.
De son côté, le DP, représenté par Park Young Sun, a soulevé des allégations selon lesquelles le candidat du PPP à Séoul aurait utilisé son pouvoir pour détourner certaines restrictions administratives par le passé. À Busan, le candidat du DP Kim Young Choon a accusé son adversaire politique Park Heong Joon d’avoir bénéficié des faveurs d’un promoteur immobilier. Le DP a également mené une politique mea culpa en faisant des excuses publiques dans lesquelles il admettait l’échec de sa politique de logement et demandait aux citoyens de lui accorder une chance de corriger ses erreurs lors de ces élections anticipées.

Résultat des élections anticipées : un retour en force du PPP
Mais ces excuses n’ont pas permis au DP de rester au pouvoir dans les deux villes. Ces élections anticipées, lors desquelles on a compté un taux record de participation. Avec plus de 58 % à Séoul et de 52 % à Busan, elles ont offert une victoire historique au PPP : à Séoul, la candidate du DP Park Young Sun s’est inclinée face au candidat du PPP Oh Se Hoon (39,18 % contre 57,5 %) et à Busan, le candidat du DP Kim Young Choon a perdu contre le candidat du PPP Park Heong Joon (34,42 % contre 62,67 %).
L’élection de Oh Se Hoon à Séoul lui a permis de faire son grand retour sur la scène politique sud-coréenne : maire de Séoul pendant deux mandats à la fin des années 2000, il avait quitté son poste après l’échec d’un référendum. Oh Se Hoon était alors resté éloigné de la scène politique jusqu’à maintenant. Son programme politique pour les 14 prochains mois devrait se concentrer sur la politique de logement, question qui a contribué à sa victoire écrasante.

Victoire symbolique et désapprobation politique
La victoire écrasante du PPP brise la dynamique de triomphes électoraux consécutifs du DP depuis 2016, dont l’apogée a été l’élection de Moon Jae In en 2017. Cette déroute électorale du DP est d’ailleurs considérée par le président sud-coréen comme une réprimande du peuple à son égard. Si de nombreux responsables du parti ont démissionné après l’annonce des résultats, les spécialistes s’attendent à un prochain remaniement ministériel pour répondre aux critiques mises en lumière par le résultats des élections anticipées.
En effet, selon un sondage mené par Embrain Public, KSTAT Research, Korea Research International et Hankook Research, 86 % des Sud-Coréens seraient en faveur d’un changement de l’orientation politique du gouvernement de Moon Jae In. Plus précisément, 29 % d’entre eux pensent qu’il faudrait se concentrer sur la revitalisation de l’économie, 24 % sur la stabilisation du marché immobilier et 23 % sur les mesures anti-COVID-19 ainsi que la sécurisation des vaccins.
Conclusion
Cette victoire peut être considérée, selon le PPP, comme un référendum sur la politique de Moon Jae In et prédirait le résultat des prochaines élections présidentielles sud-coréennes. En effet, la victoire du PPP aux élections anticipées lui ouvre la voie pour affronter le DP en mars 2022. Le PPP prévoit déjà de s’allier avec d’autres partis pour cela.
Sources : Yonhap News Agency (1)(2)(3) | The Chosun Ilbo | Le Figaro (1)(2)

