Avec un casting plus qu’aguicheur, le film du réalisateur Kim Tae Yong était très attendu. Cependant, il semblerait que ce présumé box-office ne soit pas à la hauteur des espérances.
Wonderland est devenu l’un des films les plus attendus de ce milieu d’année 2024, et pour cause ? Un casting trié sur le volet et la promesse d’offrir un univers novateur pour des personnages aux sentiments fragilisés par la vie. Pourtant, au cœur de cette intrigue complexe, il est difficile de s’y retrouver. Revenons ensemble sur ce film qui m’a laissé cette impression d’un manque cruel de quelque chose.
Wonderland en quelques mots
Informations principales
- Titre/titre original : Wonderland / 원더랜드
- Réalisateur : Kim Tae Yong
- Date de sortie : 5 juin 2024
- Durée : 113 minutes
- Disponibilité : Sur Netflix depuis le 26 juillet 2024
Synopsis
Jeong In (Bae Suzy) peine à survivre dans son quotidien depuis que son fiancé, Park Tae Joo (Park Bo Gum), est dans le coma à la suite d’un grave accident. Bai Li (Tang Wei) sait qu’elle risque sa vie et veut tout faire pour que sa fille n’apprenne pas son décès prématuré. Le point commun entre ces deux femmes ? Elles ont toutes les deux fait appel à Wonderland pour pallier leurs tourments.
Wonderland, créé par Seo Hae Ri (Jung Yu Mi) et géré avec son assistant Kim Hyeon Soo (Choi Woo Shik), offre la possibilité d’entretenir une relation plus vraie que nature avec des êtres disparus à l’aide de l’intelligence artificielle.
Mais lorsque la réalité rattrape le virtuel, il faut faire face aux conséquences de ses choix et être capable d’accepter les limites de cet univers qui se révèle utopique.
Apparition spéciale dans le rôle de Seong Joon : Gong Yoo
Wonderland : Rêve ou réalité ?
Le monde qu’offre Wonderland est à la fois merveilleux et dangereux. Comment ne pas vouloir retrouver un être cher grâce à cette technologie ? Au premier abord, cela semble absolument incroyable mais en approfondissant l’effet que cela peut avoir sur les êtres vivants qui l’utilisent, elle apparaît comme une nouvelle drogue dont la dépendance est inévitable.
Il faut savoir que les intelligences artificielles créées par Wonderland sont remarquables ! En s’appuyant sur des photos, vidéos et anecdotes, ils sont capables de faire renaître la personne disparue à l’identique.
En programmant à la perfection ces êtres créés de toute pièce, ils deviennent ce que l’on souhaite, ou ce qu’ils ont souhaité devenir s’ils ont fait appel aux services de Wonderland avant leur disparition.
Lutter contre la solitude pour Jeong In
Jeong In est capable de passer ses journées avec Tae Joo comme s’il était à ses côtés. Son véritable petit ami étant dans le coma à la suite d’un accident, il fallait que son incapacité à être réellement présent soit logique ici aussi.
Devenu astronaute en mission dans l’espace, il est tout à fait logique qu’il ne puisse pas rentrer à la maison le soir, c’est donc via appel visio qu’il existe aux côtés de Jeong In.



Jeong In oscille parfaitement entre son emploi, ses visites à l’hôpital et ses instants complices avec la copie de Tae Joo. Ce qui est déjà cruel à ce moment, c’est que nous sommes témoins de la détresse de Jeong In quant à son utilisation de Wonderland. Au même titre qu’elle, nous trouvons cette relation fictive presque normale, attendrissante et même mignonne.
Mais vient le moment où le véritable Tae Joo se réveille de son coma et à cet instant, c’est la douche froide pour Jeong In : l’homme qu’elle a toujours connu n’existe plus.
Jeong In ne s’était pas du tout préparé à l’éventualité que Tae Joo puisse souffrir de lourdes séquelles des suites de son accident. En l’ayant au téléphone tous les jours, elle s’attendait simplement à le voir rentrer à la maison.
Étant désormais dans une nouvelle détresse psychologique, Jeong In va repousser l’homme qu’elle aime et va même, indirectement, le faire culpabiliser de ne pas être semblable à l’intelligence artificielle qu’elle continue secrètement d’utiliser pour s’évader.




Mensonge protecteur pour Bai Li
Bai Li a fait appel à Wonderland de son vivant avant de cacher son décès prématuré à sa fille. Avec la complicité de sa propre mère, Bai Li entretient une relation virtuelle avec sa fille tous les jours.
Devenue archéologue en mission à l’autre bout du monde, elle reste malgré tout fidèle à ce qu’elle était de son vivant : absente du quotidien de son enfant en étant trop prise par son travail.
Cependant, ce mensonge plus vrai que nature va avoir un impact non négligeable sur la petite fille qui pense réellement parler à sa mère. Ce qui est également déroutant dans cette histoire est que Bai Li, qui n’existe plus dans le monde réel, ne semble pas savoir qu’elle n’est qu’une illusion.



Le point de vue utilisé pour nous raconter l’histoire de Bai Li est différent de celui de Jeong In. Ici, nous sommes de l’autre côté de l’écran et nous progressons dans cette réalité virtuelle avec l’intelligence artificielle.
Désireuse de rejoindre sa mère, la fille de Bai Li va entreprendre un voyage avec sa grand-mère qui, bien qu’elle soit tout à fait consciente que sa fille n’est plus là, ne va pas tenter de raisonner sa petite-fille. Une façon pour elle de la mettre face à la dure réalité des choses sans avoir à lui annoncer qu’elle ne parle pas réellement à sa mère ?



Ce point de vue nous prend encore plus en otage du mensonge de cette dernière puisque nous sommes témoins de la confusion naissante dans l’esprit de Bai Li. Cette femme au fort caractère semble prendre conscience de son état d’intelligence artificielle, mais cela est-il réellement possible ?
Ce point vient soulever une question à laquelle nous n’avons pas de réponse : est-ce que les intelligences artificielles sont conscientes de leur état ? Et savent-elles pourquoi elles sont là ?
Seo Hae Ri : Wonderland à tout prix ?
Créatrice de Wonderland, elle en est la première utilisatrice. Ayant perdu ses parents à un jeune âge, elle continue de grandir à leurs côtés puisqu’ils sont présents en permanence dans les écrans de son quotidien. S’étant construite en compagnie de l’intelligence artificielle, il était normal pour elle d’en faire partager le plus grand nombre.
Avec son assistant, Hyeon Soo, ils promeuvent les bienfaits de Wonderland et sont en recherche constante de nouveaux clients.
La manière dont Wonderland est présenté aux potentiels clients est très dérangeante car, alors que les proches du défunt viennent de faire leurs adieux à un être cher, ils apparaissent pour leur dire qu’ils peuvent faire revenir cette personne.
Passant juste après le service des pompes funèbres, leur démarche est, à mon avis, à la limite de la propagande ou de l’appel à faire partie d’une secte.



Ce n’est pas parce que Hae Ri l’utilise depuis longtemps que tout le monde peut l’utiliser comme elle et ce n’est pas parce qu’elle a accepté le fait que ses parents ne soient pas vraiment là qu’elle peut le faire entendre à tout le monde. On peut également se demander si elle est réellement consciente de ne parler qu’à l’illusion de ses parents.
Ce versant du film est également très interrogateur. Même s’il s’agit d’un film de science-fiction, la réalité dans laquelle le réalisateur nous plonge tout en prenant en compte l’avancée de la technologique (dont l’intelligence artificielle) de notre société nous fait remettre en question le côté « fiction » de Wonderland.



Wonderland : un film brouillon ?
Entre les histoires personnelles des personnages, le fonctionnement de Wonderland et la gestion de cette immense entreprise, il est difficile de comprendre le but de tout cela.
En effet, on nous présente des histoires et des personnages attachants, mais qui, une fois qu’ils n’ont plus besoin de Wonderland, disparaissent sans que nous ayons le réel dénouement de leurs avenirs. Ce fait semble logique du point de vue des créateurs de Wonderland, puisque ces personnes ne sont que des clients, mais dans ce cas, pourquoi nous prendre à partie dans leur désarroi ?



Hae Ri et Hyeon Soo laissent également transparaître un possible début de relation amoureuse entre eux, cette intrigue prend place au milieu des autres sans apporter de réelle plus value au film. On ne comprend pas pourquoi, ni comment cette relation apparaît et après avoir ouvert les portes de ce mystère, le chemin s’arrête en cours de route.
Quant au personnage de Bai Li, elle semble être différente de toutes les autres intelligences artificielles. Forcée de constater que sa propre volonté peut avoir une influence sur Wonderland, cette intrigue se termine presque aussi vite qu’elle est apparue, sans réponses. Elle n’est pas la seule à avoir fait appel à Wonderland pour elle-même de son vivant et pourtant, elle est présentée comme une cliente VIP sans que nous en connaissions la raison.



Alors que toutes ces intrigues se mélangent et sont sur le point d’exploser pour enfin nous donner une réponse à tout ce qui s’est déroulé sous nos yeux, l’herbe nous est coupée sous le pied et toute l’intensité retombe en un claquement de doigts.
Je dois dire que ce film est aussi intriguant que frustrant, il nous fait voyager à droite et à gauche, puis nous revenons à notre point de départ sans avoir eu le temps d’apprécier ou de comprendre les différents arrêts.
Vous laisserez-vous tenter par l’aventure Wonderland ?
La frontière entre la réalité et le monde virtuel est très fine et la dépendance qui en découle est cruelle car, au même titre que les utilisateurs, nous sommes pris au piège dans cette parfaite illusion. Mais, lorsque l’on se rend compte de la supercherie, il faut accepter que le bonheur acheté via Wonderland n’est qu’un mirage et le retour à la réalité peut être brutal.
Une utilisation plus encadrée pourrait sans doute avoir des vertus d’aide psychologique intéressante, mais laissée en libre service auprès des utilisateurs, ils sont seuls face à leurs désirs.
Ce film pourtant prometteur m’a laissé sur ma faim, il reste beaucoup trop de questions sans réponses et les intrigues nous laissent perplexes.
Avec un casting remarquable et un budget impressionnant pour la réalisation, le film de Kim Tae Yong a peiné à dépasser les 600 000 entrées dans les salles de cinémas coréennes et est loin de son seuil de rentabilité et du succès attendu.
Source : Hancinema


