Photographie, mécénat, naufrage du Sewol ? Quel lien entre tout cela ? Bernard Hasquenoph, graphiste et journaliste français, fut cité comme la personne ayant découvert l’identité du mécène et photographe amateur Ahae. Ce n’est autre que Yoo Byeong Eun, gourou d’une secte évangélique, recherché après le naufrage de son navire et la mort de plus de 300 personnes.
Avant-propos
Bernard Hasquenoph fut vendeur en librairie avant de se tourner vers le syndical puis le graphisme. Profitant de la gratuité des musées par son statut d’artiste, il fréquente le Louvre jusqu’à ce que l’institution mette fin à cette gratuité. Il lance alors une pétition en créant Louvre pour tous, fin 2004. Ce blog regorge depuis d’enquêtes sur les institutions culturelles où « il s’interroge sur le respect de leurs missions de service public et en dénonce la dérive marchande. » Un travail de recherches et d’investigation impressionnant. Il a écrit des articles pour d’autres médias, notamment Le Monde et Le Quotidien de l’Art.
Dans son parcours, il s’intéressa à un certain « Ahae », à la fois mécène et photographe amateur qui exposa au Louvre et à Versailles, entre autres. Il fut le premier à trouver son identité : Yoo Byeong Eun, chef d’affaires et chef spirituel de l’Église du Salut. Mais son enquête eut un retentissement inattendu. Car cet homme fut recherché dans toute la Corée du Sud après le naufrage du Sewol, dont il était le propriétaire. Le nom du journaliste français et son enquête apparaissent alors dans les médias sud-coréens.
Comment des gens connus dans le milieu culturel français et dans les hautes sphères ont pu autoriser des expositions d’un amateur et distribuer autant de louanges ? Une manière de découvrir l’envers du décor sur une affaire qui a fait énormément parler en Corée du Sud. Mais pas vraiment en France…
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Mon avis sur Ahae, mécène gangster
Je suis déjà enthousiaste avec les premières pages. Je me surprends à confirmer les écrits de Bernard Hacquenoph. Y a-t-il toujours des images de l’exposition à Versailles ? Le site de la société de Yoo Byeong Eun est-il toujours actif ? À quoi ressemble Courbefy, le hameau que « Ahae » a acheté en 2012, connu pour des fontaines « guérisseuses » ? J’en profite pour faire une mise à jour : le livre a été publié en 2015. Dix ans ont passé. Le site est toujours là, sa boutique également. Courbefy est encore entre les mains de la société AHAE Press Inc. Les propriétaires, enfants de Yoo Byeong Eun dont Keith Yoo, assurent ne pas abandonner le lieu malgré des déboires avec la justice et des difficultés de financement. Pourtant, rien n’est fait : le hameau continue de se dégrader (d’après le dernier article en date de 2024).
Il est assez édifiant de voir des institutions de renom se plier aussi facilement pour de l’argent. Car il est bien question de financement. Portées par Keith Yoo, le fils de Yoo Byeong Eun, les expositions dans les différents pays semblent avoir le même schéma, avec des « cautions » du milieu artistique et culturel, reprenant le même discours. Les photographies encensées par tout ce beau monde n’ont rien de particulier. Le fait que le journaliste les mette en contraste avec celles de Bae Bien U ne fait que souligner la nette différence. Par conséquent, on est face à ce constat qui s’impose actuellement avec la privatisation dans le monde culturel et les multiples coupes budgétaires dans le secteur public. Qui décide de ce qui est une œuvre d’art, ainsi que de sa valeur ? Ici, la réponse est claire : l’argent. Et les médias, simple relais via les dossiers de presse, ne questionnent pas et prennent part à cette farce.
« A-t-on déjà vu un mécène exposer ses œuvres dans le lieu même qu’il finance ? Cela reste douteux au regard de la loi, puisque le mécénat est censé être un acte désintéressé et ne peut servir en aucun cas à promouvoir les activités du donateur. »
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[MàJ] Le 1er novembre 2025, Bernard Hasquenoph a pu constater que le nom d’Ahae a enfin été effacé de la liste des mécènes du fonds de donation du Louvre.
« Après le naufrage » est la seconde partie du livre. Nettement différente, cette section est un bon rappel sur l’enchaînement des événements. Bernard Hasquenoph parle également de son ressenti : les sollicitations des médias sud-coréens, son suivi sur cet événement tragique… Sans doute plus difficile à lire, car on sent la tristesse de l’auteur et de ses contacts sud-coréens, ainsi que leur colère face au silence français. Une situation complètement surréaliste au vu de la gravité des faits.
« En tant qu’artiste, elle enrage contre la France, qui a donné une telle visibilité à Ahae dont elle avait entraperçu les photos sans intérêt. Et aujourd’hui, pour le silence gêné et lâche des institutions. »
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Je ne peux que vous conseiller de lire cette enquête journalistique. Je ne fus pas étonnée de voir le traitement médiatique français sur ce sujet. Mais ce fut la première fois que je découvre l’envers du décor de ces institutions culturelles. Et n’hésitez pas à aller voir le travail de Bernard Hasquenoph via son blog Louvre pour tous !
Où trouver Ahae, mécène gangster ?
Bernard Hasquenoph, Ahae, mécène gangster, Max Milo, mai 2015, ISBN : 978-2-315-00698-4, au prix de 22 €.
Sources : Carenews | La Croix
Source images : Flickr Louvre pour tous




