En ce qui concerne l’actualité politique coréenne, vous avez peut-être suivi la destitution du président sud-coréen en fin d’année 2024 suite à l’instauration de la loi martiale en décembre 2024, ce qui avait précipité le pays dans une crise politique sans précédent. Mais saviez-vous qu’il ne s’agissait pas là de la première utilisation ?
Ainsi, si vous êtes intéressé par l’Histoire moderne de la Corée du Sud et notamment sur l’utilisation de cette loi martiale ces dernières années, un documentaire arrive prochainement.
Présentation du documentaire Martial Law : The Night Of The Civil War
Martial Law : The Night Of The Civil War est un documentaire qui sort en décembre 2025. Il est réalisé par Kim Si Woo. La narration quant à elle est faite par l’acteur Ahn Nae Sang (The Witch, Call It Love, Law School). Le documentaire retrace l’histoire des 70 années de l’ère moderne en Corée du Sud, et notamment les 16 utilisations de la loi martiale depuis l’instauration de l’état démocratique en 1948.
Voici le synopsis du documentaire Martial Law : à chaque fois que la Constitution a été bafouée, la liberté du peuple s’en est retrouvée étouffée et réprimée. En ce qui concerne le pouvoir, il a été placé sous l’égide militaire. Malgré toutes ces restrictions, ces périodes sombres et de peur, les citoyens descendaient dans la rue. À mains nues, ils portaient la lumière de l’espoir démocratique.
L’affiche du documentaire

Sur cette affiche, on peut voir des journalistes ou des civils affronter des militaires armés de la tête au pied. Cela n’est pas sans nous rappeler les images du 3 décembre 2024.
De plus, au premier plan, une vitre est brisée comme pour signifier l’impact de cet affrontement ou pour imager la démocratie qui se brise.
Enfin, au-dessus du titre, vous pouvez lire « Le jour le plus brûlant de l’histoire de la République de Corée ! ».
La bande-annonce du documentaire Martial Law : The Night Of The Civil War
Cette bande-annonce utilise de nombreuses images d’archives et nous présentent brièvement les 16 utilisations de la loi martiale en Corée du Sud, le tout soutenu par une musique au rythme percutant comme s’il s’agissait du décompte d’une bombe avant que celle-ci n’explose…
Un sentiment de tension et d’oppression se dégage pour le spectateur. Cette bande-annonce se termine d’ailleurs non pas en explosion mais sur un discours du président successeur à M. Lee Jae Myung. Il s’était d’ailleurs illustré en décembre 2024 en diffusant sa course vers l’Assemblée Nationale pour voter l’arrêt de la loi martiale.
Qu’est-ce que la loi martiale ?
La loi martiale (계엄령, gyeyeomryeong), est une loi inscrite dans la constitution. Celle-ci donne le droit/pouvoir au Président de la République de recourir à l’armée pour maintenir l’ordre en cas de Guerre ou de conflit armé. En 2024, le président Yoon avait utilisé le conflit avec la Corée du Nord comme justification à l’utilisation de celle-ci.
« Je déclare la loi martiale pour protéger la République de Corée des menaces des forces communistes nord-coréennes, pour éradiquer immédiatement les forces antiétatiques pro-Pyongyang sans scrupule qui pillent la liberté et le bonheur de notre peuple et pour protéger l’ordre constitutionnel libre. »
La loi martiale peut aussi être instaurée en cas de menace grave à la sécurité nationale et/ou de troubles sociaux majeurs impossibles à contrôler par les forces de police.
Il s’agit donc normalement d’un régime d’exception qui suspend temporairement les libertés civiles et place le pays sous autorité militaire.
Ainsi, une fois déclarée :
- L’armée devient plus forte (en termes de pouvoirs) que les instances civiles
- Des tribunaux militaires peuvent être créés pour juger des civils
- La censure est permise : l’ensemble des médias de communication (journaux télévisés, chaînes de télé, journal papier, …) sont sous égide militaire. De plus, des censeurs sont mis en place pour vérifier leurs contenus en amont. Mais les médias traditionnels ne sont pas les seuls à être impactés, internet et les réseaux sociaux peuvent être filtrés ou bloqués. Enfin, critiquer le gouvernement expose à des sanctions fortes.
- Certains droits constitutionnels sont suspendus comme la liberté de réunion : une autorisation militaire doit être accordée pour pouvoir se réunir, les protestations sont réprimées par la force, les activités des partis politiques peuvent être interrompues, les universités peuvent être fermées car elles ont la possibilité d’abriter des mouvements de contestation, et les adversaires politiques risquent d’être arrêtés par le pouvoir en place.
- L’État a la main mise sur votre vie : vos déplacements sont scrutés et limités, ainsi que vos horaires de vie avec l’instauration de couvre-feux
De manière historique, la loi martiale a conduit à l’arrestation de milliers d’opposants, de journalistes, d’étudiants et de syndicalistes. Sous les régimes dictatoriaux, ces captations s’effectuaient fréquemment sans ordre judiciaire et pouvaient aboutir à des emprisonnements prolongés, voire à de la torture.
Heureusement, un garde-fou a été créé pour éviter les débordements lors de la constitution démocratique de 1987 : un vote majoritaire à l’Assemblée Nationale met fin à la loi martiale. Ce vote est effectif immédiatement et le Président est obligé de s’y conformer. C’est pourquoi vous avez pu voir des images de parlementaires courir et forcer les portes de l’Assemblée Nationale en décembre dernier suite à l’instauration de la Loi Martiale par M. Yoon.
La Corée du Sud et la loi martiale : quelques dates
Depuis la guerre de Corée, la loi martiale a été utilisée 16 fois (17 selon les sources). Souvent, cela servait à limiter ou empêcher les manifestations contre leur gouvernement tel qu’en 1961 avec Park Chung Hee ou en 1979 avec Chun Doo Hwan. Malheureusement, l’instauration de la loi martiale débouche souvent sur des coups d’État. En 2024, cela faisait 40 ans que la loi martiale n’avait pas été employée.
Des dates importantes :
- Président Rhee Syngman (이승만) : en 1948, il met en place des lois d’exception pour contrôler l’opposition
- La guerre de Corée (1950-1953) justifie ensuite des mesures d’urgence prolongées.
- Président Park Chung Hee (박정희) : suite au coup d’État militaire en 1961, il utilise la loi martiale pour consolider son pouvoir. Puis en 1972, il l’impose de nouveau afin de mettre en place sa constitution Yushin et renforcer sa dictature.
- Octobre 1979 : suite à l’assassinat du Président Park Chung Hee, la loi martiale d’urgence est réimposée à l’échelle nationale. Des films retracent cette période et notamment l’assassinat du président, si jamais vous voulez en savoir plus (The Man Of The President, The President’s Last Bang, The Land Of Happiness).
- Président Chun Doo Hwan (전두환) : suite à l’élargissement de la loi martiale à l’ensemble du pays en 1980, des manifestations se déclenchent à Gwangju. Le film A Taxi Driver, retrace cette période sombre où plus de 160 personnes ont perdu la vie.



L’évènement de 2024 : la démocratie en danger ?
Les évènements de décembre 2024 sont contradictoires, je m’explique : ils démontrent à la fois la fragilité de la démocratie sud-coréenne (le président utilise encore des mesures autoritaires) mais aussi un espoir de par l’implication du peuple et du parlement qui ont rapidement agi pour lutter contre ces actes anti-démocratiques. De plus, ils montrent l’importance de la solidité des garde-fous démocratiques établie en 1987.
Aujourd’hui, deux générations entrent en collision : celle qui a connu la dictature, la privation de liberté et la répression, et une génération qui ne connaît que l’état démocratique. Cet évènement a rappelé à toute la population que peu importe son âge et son bord politique, la démocratie n’est jamais définitivement acquise et qu’il s’agit d’un devoir citoyen de la protéger.
En ce qui concerne les éléments de décembre 2024, la destitution et l’inculpation du président Yoon, je vous recommande d’aller lire les deux articles dédiés sur K.OWLS.
Conclusion
Ce documentaire est d’une grande importance car il rappelle l’importance de la démocratie et la fragilité de celle-ci en Corée du Sud.
Pour tous les Owlers qui souhaitent en découvrir plus sur l’Histoire du pays du matin calme, je pense que c’est un documentaire à découvrir. Si les documentaires ne sont pas votre tasse de thé, sachez qu’il existe différents supports : des articles purement historiques sont disponibles sur K.OWLS. De plus, il existe plusieurs films et dramas reflétant des moments d’Histoire (Mr. Sunshine, The Battleship Island, The King’s Letters…).
Pour ma part, je ne suis pas forcément attiré par les documentaires, mais depuis que j’ai participé au FFCT, j’ai pu en découvrir quelques-uns et j’admets qu’en fonction des thématiques, j’apprécie mes visionnages et certains ont même rejoint mes listes de lectures. Je pense donc regarder Martial Law car il me permettra d’en comprendre plus sur la culture du pays. Et vous chers Owlers, aimez-vous regarder des documentaires ? Celui-ci vous tente-t-il ?
Sources : Hancinema | Korea JoongAng Daily | Planète Corée | Le Monde Diplomatique | The Korea Times
Sources images : Hancinema | The Korea Times | NPR

