Ces 13 et 14 janvier, le président sud-coréen Lee Jae Myung a rencontré la Première ministre japonaise Takaichi Sanae, lors d’un sommet nippo-coréen marqué par une volonté de réconciliation et de coopération dans un ordre international en pleine évolution.
Contexte nippo-coréen et tensions régionales
Cette rencontre s’inscrit dans un contexte particulier : en novembre 2025, la Première ministre japonaise a affirmé que toute attaque chinoise contre Taïwan serait considérée comme une menace contre son pays et entraînerait une réponse militaire. Cette déclaration a accentué les tensions entre le Japon et la Chine. De son côté, le président sud-coréen a expliqué ne pas vouloir s’impliquer dans cette rivalité. Ainsi, après avoir rencontré Xi Jinping début janvier, Lee Jae Myung s’est rendu au Japon pour échanger avec Takaichi Sanae. Cette rencontre s’inscrit dans le cadre d’une « diplomatie de la navette » menée par la Première ministre japonaise, ainsi que du rapprochement initié par l’ancien président Yoon Suk Yeol.
Les médias craignaient initialement une possible détérioration des relations entre les deux pays après le départ de Yoon Suk Yeol, en raison des divergences idéologiques entre les deux nouveaux dirigeants : un Coréen libéral, critique de la colonisation japonaise, et une Japonaise conservatrice ouvertement nationaliste. Cependant, la diplomatie « pragmatique » affichée par Lee Jae Myung a rapidement dissipé ces inquiétudes.
Ces 13 et 14 janvier, Lee Jae Myung s’est donc rendu à Nara, ancienne capitale du Japon et ville d’origine de Takaichi Sanae. Cette ville est aussi un lieu symbolique de l’histoire entre les deux pays, car elle a connu une forte immigration et influence coréennes au fil des siècles.
Vers une réconciliation face aux contentieux historiques ?
Pendant deux jours, Lee Jae Myung et Takaichi Sanae ont parlé de sécurité économique et des vulnérabilités coréennes et japonaises liées aux chaînes d’approvisionnement, aux minéraux critiques, aux semi-conducteurs et aux nouvelles technologies. Les deux dirigeants ont ensuite discuté de la criminalité transnationale et de la coordination de leurs politiques nord-coréennes, en insistant sur la stabilité de la péninsule coréenne. La coopération militaire entre l’armée de l’air sud-coréenne et les forces d’auto-défense japonaises a également été abordée, dans une optique de normalisation de leurs relations dans le domaine de la défense.
Cette rencontre a été marquée par des discussions sur les contentieux historiques entre les deux pays, qui ont souvent bloqué leurs efforts de réconciliation. Les deux dirigeants ont abordé le travail forcé des Coréens lorsque la péninsule était sous l’occupation coloniale japonaise, sous l’angle de la coopération humanitaire. Takaichi Sanae a par exemple proposé de recourir à des tests ADN pour identifier les victimes coréennes d’une inondation survenue en 1942 dans une mine japonaise. Cette rare reconnaissance du travail forcé par les autorités japonaises devrait permettre d’ouvrir la voie à la résolution d’autres disputes historiques. Elle a également été l’occasion pour Lee Jae Myung de s’excuser du traitement injuste des Coréens au Japon (« zaïnichi ») par les autorités coréennes après la libération du pays.
Sur une note plus légère, Lee Jae Myung a été invité par Takaichi Sanae à jouer du tambour sur les chansons « Golden » du film d’animation KPop Demon Hunters et « Dynamite » de BTS. Une performance symbolisant l’alchimie entre les deux dirigeants qui souhaitent « construire une relation Corée-Japon tournée vers l’avenir ».
Coopération économique et stratégique dans le nouvel ordre international
La tenue de ce sommet reflète l’importance de la coopération entre la Corée du Sud et le Japon dans un contexte marqué par l’évolution de l’ordre international et le recul du poids économique japonais.
La Première ministre nippone a affirmé vouloir résoudre les tensions entre le Japon et la Chine par le dialogue afin de renforcer la coopération Corée du Sud-Japon-Chine. Un souhait partagé par Lee Jae Myung, qui soutient dans le même temps la coopération entre la Corée, le Japon et les États-Unis, dans un objectif de stabilité régionale. Celle-ci est nécessaire pour la Corée et le Japon, alors que la Chine connaît une modernisation militaire rapide, que la Corée du Nord développe son arsenal nucléaire et que la Russie renforce ses liens stratégiques avec ces deux pays.
Enfin, cette rencontre a été l’occasion de discuter de l’intégration potentielle de la Corée du Sud à l’Accord de partenariat transpacifique (CPTPP) dont font déjà partie le Japon, le Canada, l’Australie et le Royaume-Uni, et qui intéresse la Chine.
Comme le rapporte The Diplomat, on observe à travers ce sommet une convergence stratégique des deux voisins en dépit de leurs divergences historiques, justifiée par un environnement de plus en plus sévère appelant à une coopération renforcée. Le monde connaît une « impérialisation », marquée par le recul des règles universelles au profit de la diplomatie transactionnelle américaine, par l’usage de la force par la Russie et par les revendications territoriales de la Chine. Dans ce contexte, la Corée du Sud et le Japon n’ont pas d’autre choix que de coopérer pour ne pas être marginalisés dans le nouvel ordre international.
Sources : The Korea Times (1) (2) | Korea JoongAng Daily | The Japan Times | The Japan News | The Diplomat
Sources images : The Japan Times | The Japan News | Korea JoongAng Daily



