La guerre de Corée a été le sujet de nombreux films depuis les années 1970. Certains aident à comprendre les dessous politiques de ce conflit et les enjeux en présence. D’autres sont davantage des fresques romancées de certains moments de cette guerre. Operation Chromite est le second film de John H. Lee sur le sujet, après Into The Fire en 2010. Et s’il appartient clairement aux classiques films de guerre, il offre quand même une certaine vision d’une des batailles décisives de la guerre de Corée.
Informations
Titre original : 인천상륙작전
Autres titres : Incheon Landing Operation (littéral), Memories of War
Réalisation : John H. Lee (Lee Jae Han)
Scénario : Lee Man Hee et John H. Lee
Production : Park Se Young et Jung Tae Won
Genres : guerre, drame, Histoire
Pays d’origine : Corée du Sud
Date de sortie : 27 juillet 2016
Durée : 110 minutes
Disponibilité : Netflix
Synopsis
En septembre 1950, après la prise de contrôle d’une partie de la Corée du Sud par les forces armées du Nord, les troupes de l’ONU, dirigées par le Général Douglas MacArthur (Liam Neeson), tentent une opération navale désespérée sur la baie d’Incheon pour amorcer une reprise du pays. Cette opération est l’opération Chromite. Pour que son débarquement soit un succès, MacArthur envoie une troupe de huit soldats sud-coréens menée par Jang Hak Soo (Lee Jung Jae : The Accidental Gangster and The Mistaken Courtesan) pour s’infiltrer dans Incheon et transmettre à l’ONU les informations stratégiques concernant les défenses de la baie.

Casting






Bande-annonce
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Analyse d’Operation Chromite
Un film de guerre comme tous les autres ?
Il est difficile de parler de films de guerre en essayant de faire des généralités, tellement il en existe de sous genres. Que ce soient des documentaires, des films historiques, des drames ou des romances de guerre. Souvent, les films de guerre regroupent plusieurs de ces sous-catégories pour proposer des oeuvres intéressantes et enrichissantes sur un moment de notre Histoire. Définir ce qu’est un bon film de guerre est compliqué aussi, parce que personne ne va voir ce genre de film pour la même raison : certains cherchent à en apprendre plus sur un point précis, d’autres se contentent du rendu en images de batailles célèbres.
Alors, comment classer Operation Chromite au milieu de tous ces films de guerre ? Si on doit être tout à fait honnête, il est clair que, même s’il se penche sur un moment décisif de la guerre de Corée, Operation Chromite reste tout de même à la surface des enjeux politiques et humains de cette époque post-Seconde Guerre mondiale. De plus, et on y reviendra, il y est fait la classique représentation d’un ennemi démoniaque, sans grande profondeur, qui est juste là pour être cruel.

En fait, Operation Chromite nous offre ici un film de guerre à l’américaine, focalisé sur le sentimentalisme, le ressenti et le spectaculaire des batailles, sans vraiment se concentrer sur le scénario. Assez étrangement, on peut noter que le personnage de MacArthur est un des seuls à ramener une touche humaine au film même s’il contribue largement à la dimension sentimentale de l’histoire.
Tout s’enchaîne donc : actions héroïques, romances un peu bâclées et batailles. Pourtant, le film n’en est pas incohérent pour autant. C’est une des choses qui peut être mise au crédit de Operation Chromite : le scénario de Lee Man Hee et John H. Lee, bien que lacunaire, reste très cohérent, que ce soit dans le développement de l’action ou dans l’évolution des personnages. D’ailleurs, on peut être heureux que l’on ne nous fasse pas l’affront d’un antagoniste retournant sa veste au dernier moment pour devenir gentil.
Au-delà de Liam Neeson qui campe une image de Douglas MacArthur assez fidèle aux représentations qu’on a de lui, le jeu d’acteur est assez bon. Que ce soit les deux rivaux joués par Lee Jung Jae et Lee Beom Soo ou bien les autres soldats sud-coréens (dont la remarquable interprétation de Park Chul Min), le tout est bien joué, parfois avec excès mais cela ne prend jamais le pas sur le jeu d’acteur.
Alors, un film de guerre traditionnel ? Oui et non. Comme on l’a dit, il regroupe plein d’éléments qui permettent de le classer avec les autres films du genre. Pourtant, le jeu d’acteur et le traitement qu’il offre de la bataille d’Incheon permettent de le faire sortir du lot, sans qu’il soit l’un des meilleurs, et loin de là. Ils permettent tout de même de faire le point sur les prémices de la reprise de la Corée du Sud en 1950. Avec quelques nuances on le verra.
Une représentation réussie de la bataille de la baie d’Incheon ?
La bataille de la baie d’Incheon et la reprise de la ville par les forces sud-coréennes et celles des Nations Unies sont une bataille décisive. Elle marque le départ de la reprise de la Corée du Sud. S’ensuivit une série de conquêtes comme Séoul, jusqu’à ce que les armées du Sud soient stoppées par les forces chinoises après la prise de Busan. Il est donc compréhensible que cette bataille fasse l’objet d’importantes oeuvres culturelles, que ce soit des films, des livres ou même le financement par la France d’un mémorial du débarquement à Incheon même.
Ce moment important de l’Histoire de la Corée est perçu très différemment suivant le point de vue que l’on adopte : celui des Nations Unies très défavorable à MacArthur, celui de la mythification de MacArthur par ses proches et celui des soldats sud-coréens. Operation Chromite, même si très concentré sur les ressentis de l’escouade infiltrée et sur les desseins de MacArthur, essaie de représenter tous les points de vue possibles. Ce qui rend le tout un peu brouillon en 1 h 50 de film.
La bataille d’Incheon en elle-même n’a qu’une petite part dans le film, qui est plus centré sur la préparation de cette opération, de l’idée de MacArthur à l’infiltration des soldats sud-coréens à Incheon. Quand on lit certains livres d’Histoire sur la guerre de Corée, on se rend compte que le film suit bien la trame historique des événements. John H. Lee se contente ici de romancer le tout, en ajoutant un aspect dramatique et de nombreuses exagérations. Operation Chromite, qui aurait pu avoir une dimension plus documentaire, n’en a visiblement pas l’ambition et ne reste qu’un divertissement qui vise, au fil de l’histoire de certains personnages fictifs (à l’exception de MacArthur), à raconter une certaine vision de l’Histoire de Corée du Sud.
On a par exemple, comme dit plus tôt, un antagoniste qui n’est là que pour être méchant, un héros sans reproche et un MacArthur sans aucun accroc lui non plus. Et c’est ce qu’on peut reprocher à ce film. Un traitement trop manichéen de la guerre et un MacArthur bien trop lisse. S’il y a quelque chose dont on est sûr au sujet de ce conflit, ce sont les controverses suscitées par le général américain à propos de sa gestion des troupes ou même au sujet de la mission d’infiltration qui a rendu possible l’opération Chromite.
Finalement, on a donc un film qui voudrait montrer plusieurs points de vue mais qui ne montre en effet qu’une vision très unilatérale du conflit, sans grande ambition d’aller vraiment plus loin de ce qu’on sait déjà sur la guerre de Corée. On déplore que Operation Chromite ne s’attarde sur le quotidien des habitants d’Incheon pendant le conflit, et on oubliera aussi rapidement le semblant de romance entre les personnages de Lee Jung Jae et Jin Se Hyun qui ne va pas très loin puisque le scénario ne lui laisse pas plus de place qu’un simple moyen d’ajouter une touche de sentiments au milieu du conflit.
Conclusion
Il est clair que Operation Chromite offre un film de guerre divertissant. Il reprend certes les codes du genre, mais il a l’avantage de braquer les projecteurs sur cet événement important de la guerre de Corée qui n’est pas le plus médiatisé. S’il n’a pas la profondeur que l’on souhaiterait pour un véritable film historique, on passe un bon moment devant, même si certaines longueurs viennent alourdir le propos du film, le rendant parfois un peu trop lisse. Encore une fois, l’avis que l’on peut se faire de ce film dépend de ce qu’on recherche en regardant un film de guerre : l’émotion, les sensations ou la recherche d’exactitude historique. Si vous voulez plus de précisions sur les relations entre la Corée du Sud et la Corée du Nord et notamment sur la bataille d’Incheon, je vous invite à lire l’article qui y est consacré sur Korea’s Owls.
Sources : AsianWiki │ La guerre de Corée 1950-1953 par Ivan Cadeau (Éditions Perrin)
Article rédigé par Dahlia.





