Après Deux Coréennes, j’aimerais vous parler d’un témoignage qui a beaucoup fait parler de lui à sa publication, celui de Shin Dong Hyuk dans Rescapé du camp 14. En effet, il s’agit du premier réfugié Nord-Coréen à s’être évadé du camp d’internement où il est né.
Présentation de Shin Dong Hyuk et de Blaine Harden
Shin Dong Hyuk est un réfugié nord-coréen qui s’est échappé du camp 14, où il est né en 1982. En 2013, il reçoit le prix du Courage Moral d’UN Watch.
Blaine Harden est un journaliste américain ayant travaillé comme correspondant pour le Washington Post et le New York Times, et comme écrivain pour le Times Magazine. Auteur de deux ouvrages sortis dans les années 1990, Blaine Harden publie en 2015 une double biographie consacrée à Kim Il Sung et au défecteur No Kum Sok (The Great Leader and the Fighter Pilot).
Résumé de Rescapé du camp 14
Rescapé du camp 14 est un témoignage poignant sur la vie dans le centre de détention de Kaechon, au nord-est de Pyongyang. L’ouvrage partage d’abord, à travers le témoignage de Shin Dong Hyuk et par moment d’autres réfugiés, le fonctionnement du camp 14 et la vie en son sein, entièrement gérés par les gardes. Dans la seconde partie, Shin Dong Hyuk découvre la « liberté » en Corée du Nord, puis en Chine, avant d’arriver en Corée du Sud et enfin aux Etats-Unis, où il rencontre le journaliste Blaine Harden.


Mon avis sur Rescapé du camp 14
Rescapé du camp 14 : une « plongée dans l’inhumanité »
Dès l’introduction (Jamais entendu le mot « amour »), j’ai été marquée par l’accent mis sur l’inhumanité dont font preuve les gardes du camp 14 envers leurs prisonniers, sur lesquels ils ont le droit de vie et de mort. Très vite, je me suis mise à comparer la situation de Shin Dong Hyuk à celle des prisonniers des camps nazis, que ce soit par la carte du camp rappelant celles étudiées à l’école ou par la mention de La Nuit de Elie Wiesel. La vie dans le camp 14 est une expérience totalitaire, déshumanisée et plus dure que celle des camps soviétiques. Le régime nord-coréen ne prenant même pas la peine de rééduquer ses prisonniers pour les libérer.
Par conséquence, cette inhumanité se transmet aux prisonniers, qui en sont pourtant les premières victimes. Ceux-ci ne connaissent ni la solidarité, ni l’amour (le mariage n’est qu’une promotion sociale accordée par les gardes aux prisonniers exemplaires). Lorsque Shin Dong Hyuk assiste à la pendaison de sa mère et de son frère, il n’éprouve aucune peine pour ceux qui n’étaient pour lui que des rivaux dans sa lutte pour survivre. Ce n’est qu’en quittant la Corée du Nord que Shin Dong Hyuk découvre l’existence des sentiments tels que la honte, la pitié ou la culpabilité, lui qui a survécu toute sa vie en dénonçant les autres.
Le témoignage universel de Shin Dong Hyuk
Je n’avais pas pensé à cet aspect avant d’entamer ma lecture de Rescapé du camp 14, mais cela m’a par la suite semblé évident : contrairement aux autres réfugiés qui ont vécu toute leur vie avec la propagande de la dynastie Kim, Shin Dong Hyuk ne l’a jamais subi dans le camp 14. L’enfer auquel il a échappé n’est pas celui du régime nord-coréen mais celui des camps de concentration, que de nombreuses personnes connaissent encore dans le monde.
Enfin, j’ai trouvé que le témoignage de Shin Dong Hyuk illustrait la difficulté qu’ont les réfugiés à s’intégrer dans des sociétés qui ne se préoccupent pas d’eux. Avant de rencontrer un prisonnier venu de l’extérieur, Shin Dong Hyuk ne savait pas qu’il existait quelque chose au-delà des barbelés entourant son camp. Sa méconnaissance du monde l’a poussé à ne pas faire confiance aux autres : au fur et à mesure de ses échanges avec Blaine Harden, il se dévoile progressivement, jusqu’à revenir sur des faits qu’il lui avait caché par peur de ne pas être écouté, voire d’être rejeté. Cette difficulté d’intégration et d’adaptation se retrouve lorsqu’il explique être parti aux États-Unis car il ne supportait pas la vie en Corée du Sud, un problème rencontré par de nombreux réfugiés nord-coréens.
Conclusion
Je ne peux que conseiller cette lecture forte et sensibilisatrice, dénonçant l’inaction de la communauté internationale face à l’existence des camps de concentration.
Où se procurer Rescapé du camp 14 ?
Blaine Harden, Rescapé du camp 14, traduction de Dominique Letellier, Belfond, 279 pages, 2012 (ISBN : 978-2-7144-4968-9).
Sources images : Penguin Random House | Independent | Contrepoints

