À l’occasion du 43e anniversaire du soulèvement de Gwangju, j’ai lu Celui qui revient de Han Kang. L’autrice, née à Gwangju 10 ans avant les événements de 1980, rend hommage aux victimes et aux survivants de la répression.
Un roman de Han Kang

Les hiboux ont déjà eu l’occasion de vous parler de Han Kang et de son livre Leçons de grec.
Née en 1970, Han Kang étudie la littérature coréenne à l’université Yonsei avant d’écrire ses premiers poèmes et récits. En 2007, son roman La Végétarienne reçoit le Man Booker International Prize.
Dans ses écrits, Han Kang se concentre sur les problèmes de la société et de la famille coréenne, tels que la maladie mentale, la négligence familiale ou la perte d’un nouveau-né. L’autrice ne cesse jamais de réinventer sa manière d’écrire, sujet qu’elle aborde en tant qu’enseignante à l’Institut des arts de Séoul depuis 2013.
Résumé de Celui qui revient
Publié en Corée en 2014, Celui qui revient s’appuie sur des souvenirs d’enfance de Han Kang, qui a grandi à Gwangju avant de partir à Séoul en 1980.
Alors que le soulèvement de Gwangju s’achève dans le sang, le roman s’attarde sur le destin de plusieurs jeunes Coréens, plus ou moins touchés par les événements. Tongho, tout d’abord, aide des jeunes filles à répertorier des cadavres à la préfecture dans l’espoir de retrouver son ami Chongdae. En parallèle, on suit Kim, qui est interrogée par les forces de l’ordre et qui travaille sur une pièce de théâtre censurée pour une maison d’édition.
Le roman suit ces personnages aux destins entrecroisés, en 1980 d’abord, puis, pour certains, des années plus tard.

Mon avis sur Celui qui revient de Han Kang
L’accent mis sur la narration
Si j’ai trouvé cette lecture assez simple et rapide, elle aborde tout de même des faits assez durs comme le massacre d’enfants, ou les interrogatoires déraisonnables menés par les forces de l’ordre contre la population.
J’ai beaucoup aimé le travail effectué par Han Kang sur la narration. J’étais un peu perdue au début avec les changements de narrateur (je ne comprenais pas toujours de qui il s’agissait, surtout lorsque les récits s’entrecroisent), mais au fur et à mesure de la lecture ces choix de narration sont justifiés par le récit, surtout dans les derniers chapitres. Grâce à ces procédés, l’autrice parvient également à expliciter les sentiments inavouables des survivants et des victimes du massacre.
« Je suis en train de lutter. Chaque jour, je lutte seul. Je lutte contre la honte d’avoir survécu, d’être encore en vie. Je lutte contre le fait que je suis un être humain. Je lutte contre l’idée que seule la mort peut me libérer de tout cela. »
Han Kang, Celui qui revient, page 140
Celui qui revient, roman qui dénonce
Celui qui revient est un roman à charge. Si les exactions de l’armée sont dénoncées, l’autrice nous fait comprendre qu’elle ne vise pas spécifiquement les soldats : elle s’attarde à expliquer que certains font leur possible pour ne pas obéir aux ordres. Ce que Han Kang dénonce, c’est l’armée dirigée par le président Chun Doo Hwan, qu’elle qualifie directement d’« assassin ».
Un hommage aux victimes de la répression de Gwangju
Celui qui revient est également un hommage au soulèvement de Gwangju. En cela, j’ai beaucoup aimé le rapport que Han Kang y entretient avec la thématique du souvenir, car c’est à travers les souvenirs des personnages que les lecteurs s’attachent à eux et comprennent leur parcours. En parallèle, un personnage de l’intrigue veut rédiger un mémoire sur le soulèvement de Gwangju pour qu’on se souvienne des victimes. On peut le considérer comme un alter ego de l’autrice, qui immortalise les événements qui se sont produits.
Enfin, Han Kang exprime la difficulté pour les survivants de parler de ce qu’ils ont vécu, car cela réouvre leurs blessures et leur rappelle de douloureux souvenirs qui vont jusqu’à pousser certains au suicide. Mais d’un autre côté, il est nécessaire de témoigner pour que personne n’oublie ce qu’il s’est passé. C’est pour cela que Han Kang a écrit ce roman.
« Yun vous a demandé de vous le remémorer. D’affronter et de témoigner. Mais comment cela serait-il possible ? »
Han Kang, Celui qui revient, page 173
Conclusion
Celui qui revient est un roman qui invite à se souvenir de ces personnes qui se sont battues pour la Corée, la démocratie et les droits de l’Homme.
Le livre nous rappelle en outre que la répression de Gwangju n’est malheureusement pas la seule exaction menée par les autorités sud-coréennes, et qu’il faut donc rester vigilant pour que la démocratie construite par le peuple coréen ne disparaisse pas.
Où trouver Celui qui revient ?
Han Kang, Celui qui revient, traduction de Eun Jin Jeong et Jacques Batilliot, Points, 240 pages, 2017 (EAN : 9782757868867).
Source image : Éditions Points

