En juin 2021, le ministère de la Défense a été critiqué pour avoir couvert un énième scandale au sein de l’armée sud-coréenne. Mais le succès du drama Deserter Pursuit, diffusé sur Netflix depuis fin août et mettant en lumière la culture de la violence dans l’armée, délie les langues et fait débat au pays du Matin calme.
Un drama sur les déserteurs de l’armée
Deserter Pursuit est un drama adapté du webtoon D.P.: Dog Days et diffusé sur Netflix depuis le 27 août 2021. On y suit deux soldats de l’unité Deserter Pursuit qui, comme son nom l’indique, chasse les déserteurs militaires.
L’action, qui se déroule en 2014, raconte le passé de plusieurs soldats qui ont fui l’armée après avoir subi des violences verbales et physiques, ainsi que des abus de pouvoir de la part de leurs supérieurs. La série dépeint de manière explicite une culture coréenne où la violence est omniprésente, que ce soit à travers le harcèlement ou le bizutage. Mais elle pointe également du doigt les supérieurs qui tentent de couvrir les scandales qui pourraient réduire leurs chances d’obtenir des promotions.
Le drama est écrit par Kim Bo Tong, auteur du webtoon originel et ancien soldat de l’unité Deserter Pursuit. À sa sortie, le drama a rapidement atteint la première place du classement des séries les plus regardées sur Netflix en Corée du Sud, selon le site web d’analyse de flux FlixPatrol.
Deserter Pursuit, une fiction tristement réaliste
Depuis la fin de la guerre de Corée en 1953, un service militaire de 18 mois est obligatoire pour tous les hommes sud-coréens de moins de 30 ans. Si la souffrance que subissent les conscrits a souvent été la source de débats de société et d’adaptations cinématographiques ou littéraires, Deserter Pursuit est le premier drama à aborder le côté négatif de l’armée.
Ce portrait réaliste et inédit de l’armée a immédiatement séduit les vingtenaires et trentenaires sud-coréens, qui sont pour la plupart sceptiques quant à la soi-disant disparition des abus dans l’armée soutenue par le ministère de la Défense. Dans un entretien accordé au South China Morning Post, Han, ingénieur de 28 ans, s’est par exemple souvenu de son officier supérieur qui le battait sans cesse dans l’estomac ou lui jetait des légumes à la figure. À la fin de son service, on a diagnostiqué à Han des troubles de stress post-traumatique.
La violence et les abus au sein de « la grande muette »
En 2014, lorsque est sorti le webtoon D.P.: Dog Days, la Corée du Sud a été choquée par la mort d’un soldat qui avait souffert de coups, de torture et d’autres mauvais traitements pendant des mois. À la suite de la sortie du drama, de nombreux Sud-Coréens n’ont pas hésité à prendre la parole, en dénonçant les récents cas de harcèlement sexuel dans l’armée, ainsi que les mauvaises conditions de vie des soldats.
Selon le ministère de la Défense, qui se défend de veiller à l’amélioration des conditions de vie dans l’armée, ces pratiques violentes ne sont plus aussi courantes aujourd’hui. Mais cela n’empêche pas d’autres scandales de voir le jour. Pour avoir quelques chiffres en tête, on peut préciser que le nombre de cas d’agressions est passé de 1 185 en 2017 à 946 en 2020, et que le nombre de suicides est passé de 97 en 2011 à 42 en 2020.
Le principal problème, qui n’est toujours pas résolu aujourd’hui, est le fait que l’armée est une organisation fermée, qui fait pression afin que les victimes ne parlent pas. En mai 2021, un énième scandale, illustrant parfaitement ce problème, a fait grand bruit en Corée du Sud : une officière s’est suicidée après avoir été abusée sexuellement à plusieurs reprises par ses collègues. Si les enquêtes internes ont révélé que les responsables avaient menacé l’officière pour l’empêcher de dénoncer le harcèlement dont elle était victime, il s’est avéré que ses supérieurs n’ont pas réagi après avoir pris connaissance des faits. Le ministère de la Défense a même essayé de couvrir le scandale, avant qu’une pétition ne révèle l’histoire au grand jour.
En plus de sa dimension culturelle, cette nouvelle critique de l’armée sud-coréenne, et par extension du ministère de la Défense, a des répercussions politiques dans le contexte actuel de période électorale. Alors que le parti du président Moon Jae In a déjà été marqué par plusieurs scandales sexuels, celui-ci a promis qu’il allait se débarrasser de la « culture rétrograde de l’armée ». Reste à savoir si cette promesse pourra être tenue avant les élections présidentielles de 2022.
Sources : Yonhap News Agency | Netflix | Manila Bulletin | This Week in Asia | RFI | YouTube


