On entend trop souvent parler du suicide des jeunes coréens, en partie à cause du système scolaire et de la pression sociale. Conscient de ce problème, l’auteur Chang Kang Myoung a décidé de s’approprier le sujet dans son roman Génération B.
Chang Kang Myoung, un auteur critique de la Corée
Chang Kang Myoung est un écrivain sud-coréen né en 1975. Diplômé de l’université de Yonsei en ingénierie urbaine, il a travaillé pendant 11 ans comme journaliste pour le Dong-a Ilbo, un des principaux quotidiens sud-coréens. Il a débuté sa carrière d’auteur en 2011 avec Génération B, qui a été récompensé du prix littéraire Hankyoreh. La critique de la société coréenne et le désespoir des jeunes sont des thèmes chers à Chang Kang Myoung, comme le montre son autre ouvrage Parce que je déteste la Corée.
Résumé de Génération B
« La génération B est celle de tous les Coréens nés après les années 1978 dont leur seule existence est vouée à assurer le bon fonctionnement de la société. »
Chang Kang Myoung, Génération B
Génération B suit le parcours de plusieurs étudiants coréens qui ne se considèrent pas à leur place dans la société sud-coréenne et refusent de suivre son modèle normatif. Pour exprimer leur rejet du modèle coréen, ils décident d’intégrer les meilleures universités et d’être embauchés dans les meilleures entreprises du pays, avant de se suicider pour marquer les esprits. Pour transmettre leur message au plus grand nombre, ils s’aideront d’un site Internet, intitulé pourquoituvis.com…


Mon avis sur Génération B
Tout d’abord, j’ai beaucoup aimé la manière dont l’auteur a mis en forme son roman. En y ajoutant des dépêches fictives de médias et en insérant des citations de personnalités historiques, Chang Kang Myoung ancre non seulement son roman dans le « réel », mais aussi dans l’actualité. Ensuite, deux récits ont lieu en parallèle sur tout le livre : le principal, qui suit les protagonistes, et un secondaire, qui relate des échanges philosophiques entre des personnages historiques et mythologiques. Cette double narration, expliquée au milieu du roman, joue à la fois sur l’attente des lecteurs du site Internet (dans l’histoire) et des lecteurs du roman (nous). J’ai trouvé cette mise en abyme très intéressante.
En tant qu’étudiante, j’ai été touchée par les thèmes abordés dans Génération B. Je vous rassure tout de suite, loin de moi l’idée d’être suicidaire ! Mais comme je devrai entrer dans la vie active dans trois ans, je me suis reconnue dans les réflexions des protagonistes sur la place des jeunes, sur la manière dont ils peuvent être utiles à la société et agir sur le monde… Je pense d’ailleurs ne pas être la seule à y penser, quand on voit la mobilisation des nouvelles générations pour les questions climatiques et de protection de la planète !
Enfin, j’ai beaucoup aimé le retournement de situation, que je n’avais pas vu venir et qui a remis en question le message précédemment transmis par les protagonistes, en montrant que ceux qui rejettent le système coréen finissent tout de même par adopter certaines de ses valeurs. Si j’étais un peu frustrée par le dénouement (ou son absence) après ma lecture, il a permis à l’auteur de se positionner clairement sur la question du suicide en montrant que même si cette action résultait d’un désespoir, il ne s’agissait pas nécessairement de la bonne solution.
Conclusion
Je vous invite donc à lire Génération B pour comprendre, dans une certaine mesure bien sûr, les problèmes de la société coréenne qui poussent les jeunes au suicide. Attention cependant, une scène explicite en deuxième partie du roman pourra déranger les plus sensibles.
Où trouver Génération B ?
Chang Kang Myoung, Génération B, traduction de Hwang Ji Hae et Véronique Cavallasca, Decrescenzo éditeurs, 230 pages, 2019 (ISBN : 9782367270722)
Source images : site de Decrescenzo éditeurs

