Nous vous parlions en juillet du soldat américain qui était entré illégalement en Corée du Nord par la zone démilitarisée. Fin septembre, la Corée du Nord a annoncé son expulsion, confirmée ultérieurement par les États-Unis.
Un retour aux États-Unis plus rapide que prévu pour Travis King
Le 27 septembre 2023, les autorités américaines ont annoncé que le soldat américain Travis King, qui avait fui en Corée du Nord en juillet, avait été rapatrié et était détenu aux États-Unis. Quelques jours plus tôt, la Corée du Nord avait annoncé son expulsion prochaine via son agence d’état KCNA.
Ce rapatriement aurait été rendu possible par la Suède, qui aurait servi de « puissance protectrice » et de « principal interlocuteur » en aidant à sécuriser la libération de Travis King. La Chine aurait quant à elle facilité le transfert du soldat au niveau de la frontière sino-coréenne.
D’après The Diplomat, cette décision de libérer Travis King, seulement 71 jours après sa fuite, serait relativement rapide selon les habitudes de la Corée du Nord, surtout en considérant les tensions entre Washington et Pyongyang.
Après son arrivée sur le sol américain, Travis King a été déclaré AWOL (une infraction moins grave que la désertion). Il devrait prochainement être puni par le système judiciaire militaire, après avoir revu sa famille, subi des examens psychologiques et avoir été entendu par les services de renseignement. Selon un lieutenant-colonel de l’Armée de l’air américaine à la retraite, le soldat risquerait la cour martiale.
Cette libération pourrait-elle faciliter la reprise du dialogue entre les États-Unis et la Corée du Nord ?
C’est en tout cas la question que se sont posées les médias sud-coréens. En effet, les discussions entre les États-Unis et la Corée du Nord sont au point mort depuis 2019. Mais cette libération est-elle réellement une main tendue de la Corée du Nord, ou seulement une façon pour elle de se débarrasser d’une possible source de tensions avec les États-Unis ?
Du côté des autorités, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères des États-Unis a déclaré ne pas avoir de grandes attentes quant à une possible évolution des relations avec la Corée du Nord. Le président Joe Biden continuerait néanmoins de chercher à engager un dialogue avec le pays pour permettre une dénucléarisation de la péninsule.
Les spécialistes de la région ne sont pas plus optimistes. Selon Patrick M. Cronin, titulaire de la chaire de sécurité pour l’Asie-Pacifique à l’Institut Hudson, cette décision s’apparenterait « plus à un opportunité qu’à un geste de conciliation », car « les risques liés au maintien du soldat en Corée du Nord l’emportent sur les avantages qu’il [Kim Jong Un] pourrait en retirer ». Enfin, l’analyste de l’Institut Sejong en Corée du Sud Cheong Seong Chang ajoute que pour le Nord, le soldat ne valait pas peine d’être gardé à cause des coûts liés à son alimentation, à son logement et à l’affectation de gardes et d’interprètes, d’autant plus qu’il ne constituait pas une source d’informations significative sur l’armée américaine.

Et si les propos des autorités américaines et des chercheurs ne suffisaient pas, l’actualité nous montre que les relations entre la Corée du Nord et les États-Unis ne sont pas prêtes de s’améliorer : alors que les États-Unis soutiennent l’Ukraine dans le conflit qui l’oppose à la Russie, Kim Jong Un a récemment rencontré Vladimir Poutine. Dans le cadre de ce sommet, le leader nord-coréen aurait proposé au président russe de soutenir ses opérations militaires en échange d’aide technologique, pour développer des satellites nord-coréens.
Sources : France24 | The Korea Times | Yonhap News Agency | The Diplomat
Traduction anglais > français : K.Owls

