Sorti à la fin du mois d’août sur Netflix, Les Silences de la Forêt (ou The Frog pour son titre anglais) est le thriller désenchanté de cette fin d’été qui redonne un peu d’espoir dans les productions originales coréennes de la plateforme.
Même s’il n’est pas parfait, le drama signé par Son Ho Young et Mo Wan Il réussit à intriguer et nous invite à reconsidérer notre envie de tout plaquer pour nous lancer dans un business de gîtes au fin fond de la forêt.
Présentation du drama Les Silences de la forêt
Fidèle à son format compact, Netflix livre avec Les Silences de la Forêt un drama de 8 épisodes riche en rebondissements.
Synopsis
Au début des années 2000, un tueur en série fait le malheur d’une famille propriétaire d’un motel rural florissant en tuant et en disposant d’une de ces victimes dans la suite avec vue de l’établissement. De nos jours, une jeune femme élégante se présente avec un enfant pour passer une nuit dans une belle pension au fond de la forêt. Le lendemain, la femme repart seule. Le propriétaire suspecte qu’elle a commis l’irréparable, mais se tait. Et vous, quelle serait votre réaction si votre quotidien paisible venait à être bouleversé au cours d’une nuit fatidique ?
Bande-annonce du drama coréen Les Silences de la Forêt. Disponible sur Netflix.
Équipe et casting du drama Les Silences de la Forêt
Le scénariste Son Ho Young signe ici sa première série moyen format et peut s’appuyer sur le savoir-faire du réalisateur esthète Mo Wan Il reconnu pour la beauté de ses plans et de la minutie de sa mise en scène comme en attestent le saisissant Misty (2018) et le bouillonnant The World of the Married (2020). Comme le suggère la bande-annonce, Les Silences de la Forêt est un drama choral au casting 5 étoiles. Star incontestée du cinéma coréen, Kim Yoon Seok (The Chaser 2008, Dark Figure of Crime 2018, Escape from Mogadishu 2021) fait son grand retour sur le petit écran après plus de quinze ans d’absence. Il incarne Jeon Yeong Ha, le propriétaire honnête d’un gîte paisible situé au fin fond d’une forêt.


Sa tranquillité est mise à mal par l’arrivée d’une mystérieuse jeune femme jouée par Go Min Si, qui s’est imposée ces dernières années comme figure incontournable du paysage audiovisuel coréen. Après les trois saisons de Sweet Home (2020-2023), le dramatique Youth of May (2021) et le film d’action Smugglers (2023), elle change de registre pour incarner Yoo Seong A, une psychopathe sophistiquée mais sans scrupules.


Personnage principal de la seconde intrigue de Les Silences de la Forêt, Yoon Kye Sang (Chocolate 2019, The Kidnapping Day 2023) endosse le rôle de Koo Sang Jun, le propriétaire du Lakeview Motel dont la vie bascule à cause d’un crime commis au sein de l’établissement. L’actrice Lee Jung Eun (Daily Dose of Sunshine 2023, Miss Night and Day 2024) – dont la présence est très souvent gage de qualité d’une production – fait le pont entre les intrigues et les époques. En effet, elle incarne Yun Bo Min, une policière qui fait ses armes lors de la première affaire du motel et se retrouve cheffe de la police locale vingt ans plus tard près de la pension que tient Kim Yoon Seok.
Les Silences de la Forêt, thriller de l’« Hallyuwood »
Des références hollywoodiennes assumées
Depuis ses premiers investissements en Corée entre 2017 et 2019, Netflix s’est imposé comme une nouvelle voie dans la production d’oeuvres originales. En ayant la possibilité de s’émanciper des formats et des restrictions qu’impose la télévision coréenne, les créateurs ont davantage de liberté en matière d’écriture et de mise en scène. Le revers de la médaille est d’avoir de plus en plus d’oeuvres uniformisées qui répondent à des attentes d’un public toujours plus globalisé. Les Silences de la Forêt ne déroge pas à la règle et apparaît comme une nouvelle pierre apportée à l’édifice de cette tendance qu’on peut vulgairement qualifier d’« américanisation » des contenus.
En reprenant des codes du cinéma et des séries américaines, Son Ho Young et Mo Wan Il invoquent des grands noms dans l’imaginaire du spectateur. Comment ne pas penser à Hitchcock et son Psychose quand l’intrigue prend place dans un motel rural à l’abri des regards ? Comment ne pas penser à Shining de Kubrick lorsque, fou de rage, Jeon Yeong Ha défonce une porte à coups de hache ? Dans un autre registre, alors que la phrase « Un arbre est tombé dans la forêt, personne n’était là pour l’entendre. A-t-il fait du bruit ou le silence régnait-il ? » est martelée à chaque épisode du drama, la réplique culte « dans l’espace, personne ne vous entendra crier » tirée de la saga Alien vient immédiatement à l’esprit. Au coeur de cet univers de références familières, le cadre et la philosophie du drama sont les touches hallyu des Silences de la Forêt.
Le charme des adages et de la campagne coréenne
Le drama de Son Ho Young et Mo Wan Il renouvelle le genre du thriller par l’angle qu’il adopte. On ne saura rien ou presque des deux victimes. Les deux criminels correspondent aux stéréotypes et à l’image qu’on se fait d’un psychopathe. Rien à aller chercher de ce côté-là. C’est sans doute pourquoi certains crieront à la simplicité des intrigues ou aux incohérences (ce qui n’est pas faux). Mais l’explication est plutôt à aller chercher du côté de ce qui intéresse notre scénariste et notre réalisateur. Souvent oublié, c’est le point de vue des victimes collatérales qui est exploré dans Les Silences de la Forêt. Jeon Yeong Ha, Koo Sang Jun et leurs familles respectives sont, selon l’adage coréen – fil rouge du drama – les « grenouilles » de ces situations.
Ce n’est pas tant qu’ils se sont retrouvés au mauvais endroit, au mauvais moment, mais plutôt que cela leur tombe dessus alors qu’ils n’ont rien demandé de plus que de vivre une vie paisible. C’est davantage le caractère fataliste et injuste qu’un criminel choisisse cet endroit précis pour commettre ses méfaits qui est questionné. Et chacun des personnages va réagir différemment. Son Ho Young et Mo Wan Il jouent des similitudes et des différences pour garder l’attention du spectateur. Les deux lieux de villégiature sont présentés comme des idéaux qui se muent peu à peu en leur pire cauchemar.
Mon avis sur Les Silences de la Forêt
Loin d’être parfait, surtout dans l’accomplissement de son dernier acte, Les Silences de la Forêt est une belle surprise de l’été 2024. Le réalisateur Mo Wan Il parvient à instaurer une atmosphère dérangeante et mystérieuse qui attise la curiosité d’un spectateur. Celui-ci devient alors désireux de connaître les prochains agissements des personnages. La dynamique construite entre Kim Yoon Seok et Go Min Si est un des atouts réels du drama. Leur relation de criminelle psychopathe à complice cherchant à s’en sortir est la plus approfondie et la plus passionnante à suivre. Alors que celle-ci cherche à s’installer de manière définitive dans le gîte, le propriétaire redouble d’ingéniosité pour tenter de se débarrasser d’elle, d’abord en espérant la renvoyer chez elle, puis de manière plus… radicale.


Kim Yoon Seok et Go Min Si se donnent la réplique dans Les Silences de la Forêt. © Netflix
Cette intrigue se serait suffi à elle-même. Comme l’autre d’ailleurs. Car c’est l’un des défauts majeurs de ce drama, il y a deux histoires en une. Le raccord entre les deux – par le biais du personnage de Yun Bo Min notamment – est maladroit et superficiel. Même si l’on comprend bien la démarche de comparaison entre les deux situations, et les différentes réactions qu’un même événement peut engendrer en fonction des individus, le résultat manque d’approfondissement en termes d’émotions et provoque une frustration.
Pour résumer, Les Silences de la Forêt est une production très efficace dans sa première partie. Elle a du mal à garder sa tension dans la deuxième partie, et le troisième acte réunit tous les défauts d’une histoire dont on ne sait pas comment la terminer. Pourtant le drama vaut le détour autant pour son casting que pour la beauté des plans et de la mise en scène signés Mo Wan Il.
Sources : Hancinema | MyDramaList | Soompi : (1)(2)(3)(4)(5)

