La Corée du Sud est un pays en guerre (boom la phrase d’accroche). Pour les deux ou trois dans le fond qui ne suivent pas : oui, la Corée du Sud est bien toujours en guerre contre sa sœur du Nord. Elle doit donc se tenir prête à combattre l’ennemi. Et pour former ces futurs (ou pas, on l’espère) combattants, le pays a instauré le service militaire. Ce service qui vous arrache vos idols et qui font pleurer les fans (T.O.P 4ever dans mon coeur bro’). Bref, vous l’aurez compris, aujourd’hui on revêt notre plus beau treillis et on va s’attaquer au service militaire !
« Père castor, raconte-moi son histoire »
Oui mon petit, on y vient ! Remontons le temps, nous sommes en 1948, les deux Corées viennent de se séparer et de créer chacune leur gouvernement. La Corée du Sud a besoin de forces armées, elle va donc puiser dans ses unités de gendarmerie et recruter 25 000 gendarmes. C’est avec ces unités que la Corée du Sud prend part au conflit avec sa sœur jumelle au côté des Etats-Unis. S’ensuit la guerre de Corée faisant des millions de victimes entre 1950 et 1953.
C’est dans ce contexte qu’on entendra davantage parler du service militaire obligatoire pour tous les Coréens. Le but ? Préparer ses hommes au combat. Le service militaire a subit des modifications depuis les années 50. Toujours est-il qu’il est encore d’actualité et fait débat au sein de la société. Mais avant de s’y intéresser, il faut comprendre son organisation.
« Mais, comment ça marche ? »
Il n’existe pas un service militaire unique en Corée. En effet, en fonction du corps de l’armée choisi, la durée sera plus ou moins longue et les entraînements seront également différents. Logique. Il existe quatre corps d’armée :
- L’armée de l’air avec une durée de 24 mois de service
- La marine (23 mois)
- Le corps d’infanterie des Marine, soit l’équivalent des Marines aux Etats-Unis (21 mois)
- L’armée de terre (21 mois)
Tous les jeunes Coréens doivent donc passer par l’un de ces corps de l’armée. En général, ils se lancent après le lycée ou bien après quelques années d’études. Les conditions d’entraînement sont très strictes. Les premiers mois, les jeunes soldats n’ont pas le droit de sortir hors du camp. Au bout de longs mois d’attente, ils peuvent bénéficier d’une permission de cinq jours. Cinq jours durant lesquels ils seront cependant obligés de porter leur uniforme. Par la suite, ils peuvent bénéficier de permissions en fonction de leur classement.
Peu de contact direct à l’extérieur, mais ont-ils le droit de téléphoner ? D’utiliser un ordinateur ? Non, même pas ! Enfin presque. Les téléphones portables sont interdits ainsi que les ordinateurs personnels. Les recrues peuvent utiliser le téléphone mis à leur disposition dans leur base en s’achetant des « unités ». Ils peuvent également fréquenter des cybercafés mais la connexion est en générale limitée à 30 minutes. Le courrier est par contre autorisé, c’est donc l’occasion de reprendre sa plus belle plume pour entretenir le contact. Il est possible également de recevoir de la visite, sur rendez-vous.
Au-delà des contraintes de l’entraînement, les conditions sont donc, vous l’aurez remarqué, difficiles. C’est pourquoi tout le monde ne peut pas se soumettre à un tel exercice, surtout sur une durée aussi importante. Certains Coréens peuvent échapper au service militaire sous certaines conditions :
- Être atteint d’une pathologie physique ou mentale grave
- Avoir un casier judiciaire / posséder un signe d’appartenance à un gang
Voici pour les deux principales conditions. D’autres conditions ont été officiellement ou officieusement supprimées. Le fait d’être gay ou tatoué permettait d’être exempt de service militaire.
Au bout de 21 à 24 mois, le service militaire se termine. Cependant, tous les ans, les Coréens doivent retourner s’entraîner pendant deux à trois jours.
La face cachée du se(r)vice militaire
Tout n’est cependant pas tout blanc là-bas. Même si pour certains le service militaire constitue une fierté, pour d’autres ça se résume plutôt à un « enfer ». En effet, ces dernières années, plusieurs polémiques ont émergé, montrant les dessous de ce service militaire. Le 6 avril 2014, un jeune Coréen de 20 ans a succombé sous les coups de ses « camarades » de camp après plusieurs semaines de torture. Pendant un mois, ses persécuteurs l’ont obligé à manger du dentifrice et son propre vomi, empêché de dormir et tant d’autres sévices. La raison ? Ce jeune homme était « trop lent », c’est ce qu’ils ont plaidé devant le tribunal militaire. L’armée a tenté d’étouffer l’affaire en prétendant que le jeune homme était mort d’asphyxie. C’était sans compter sur une ONG militant pour les droits de l’homme au sein de l’armée qui a enquêté et dévoilé la sombre affaire.
D’après de nombreux témoignages, ces traitements ne sont pas rares dans l’armée en Corée. Les médias ont également parlé de deux jeunes soldats de 21 et 23 ans qui sont décédés lors d’un entraînement de « résistance à la torture ». En 2013, un sergent de 22 ans a également tué cinq autres soldats, ne supportant plus les humiliations dont il était victime. En tout et pour tout, on recenserait une centaine de victimes par an au sein des camps. D’après les chiffres, dans deux cas sur trois, il s’agirait d’un suicide.
Selon le porte-parole du ministère de la Défense, cette augmentation de la violence serait dû, en partie, à la réduction de la durée du service (passée de 24 à 21 mois). Il s’explique : « du coup, on est obligé de mobiliser plus de monde, 91% des hommes Coréens sont appelés. Cela inclut des jeunes plus fragiles, qui, par le passé, auraient été exemptés ».
Sans aller jusqu’à la mort et la torture, le service militaire est extrêmement difficile psychologiquement. Les humiliations plus ou moins violentes par les supérieurs sont le quotidien des jeunes recrues. Par exemple, le fait de n’avoir que quelques minutes pour manger son repas, ne pas pouvoir dormir convenablement, etc. Un jeune raconte à un journal qu’il a dû manger les excréments de l’un de ses camarades parce qu’il n’avait pas pu tirer la chasse d’eau. Ses supérieurs lui disaient « Vous verrez, vous ferez pareil sur les nouveaux quand vous aurez atteint l’échelon supérieur ! ». Il relativise en expliquant que le service militaire lui a appris le respect et l’obéissance aux supérieurs.
Le service militaire n’est donc pas une sinécure. Beaucoup le redoutent, peu en sont exemptés. Au final, tous les Coréens savent qu’ils devront y passer tôt ou tard. Et gare à ceux qui voudraient y échapper ! Refuser de se présenter au service militaire est passible de 18 mois d’emprisonnement. L’idol Yoo Seung Jun en a d’ailleurs fait les frais. Pour échapper au service militaire, il s’était fait naturaliser aux Etats-Unis. Or la Corée a pris ça comme un acte de désertion et l’a interdit de séjour sur son territoire. Son appel contre la décision du consulat coréen de Los Angeles, qui lui interdisait un visa pour se rendre en Corée, a d’ailleurs récemment été rejeté.
Sources : France24, Libération.
Article de NooNao




