Avec la réédition du roman Une journée dans la vie du romancier Gubo, l’Atelier des cahiers nous offre l’occasion de découvrir Park Tae Won, un auteur coréen marquant du XXe siècle à mi-chemin entre Balzac et le monde du cinéma.
Qui est Park Tae Won ?
Park Tae Won est un écrivain né avant la colonisation de la Corée par le Japon, qui se concentre sur ses activités littéraires après des études au Japon. Il intègre rapidement le cercle des neuf écrivains, puis le Comité exécutif pour l’alliance des écrivains coréens. Lors de la guerre de Corée, Park Tae Won rejoint le Nord, où il devient professeur à l’université de Pyongyang. Il décède en 1986, dans l’indifférence totale en dépit de son apport majeur au modernisme (un mouvement privilégiant l’esthétisme aux idées) et à la littérature coréenne.
Résumé de Une journée dans la vie du romancier Gubo
Une journée dans la vie du romancier Gubo est un court roman dans lequel on suit pendant 24 heures un jeune écrivain dans la Séoul occupée de 1934, à travers des scènes qui laissent place aux errances du héros. Ce jeune romancier, qui vit chez sa mère, cherche le bonheur et le sens de sa vie en se remémorant le passé avec des amis dans une ville qui se modernise.
Une journée dans la vie du romancier Gubo est un roman semi-autobiographique qui a été publié pour la première fois en feuilleton dans le Chosun Ilbo en 1934.


Mon avis sur Une journée dans la vie du romancier Gubo
Park Tae Won : les rêveries du promeneur solitaire
Quel sens un Coréen peut-il donner à sa vie en 1934 lorsqu’il n’a ni proches, ni travail ? Cette question résume les pensées de Gubo qui, à la manière de Rousseau dans ses dix promenades, nous entraîne avec lui dans sa solitude et sa recherche du bonheur.
À travers les diverses scénettes, j’ai noté les oppositions entre Gubo et la société coréenne, soulignant l’inadaptation de l’auteur à ce monde qui évolue. Alors qu’il se remémore des souvenirs le retenant dans le passé, Séoul se modernise sous l’influence japonaise. Plongé dans ses réflexions, le romancier ne se rend pas compte que le temps continue de tourner, une impression renforcée par la publication originelle en feuilleton : à la fin du roman, ni lui ni le lecteur n’auront vu le temps passer. Le romancier, immobile près des bâtiments de l’époque Joseon, se distingue de ses concitoyens qui se pressent dans les centres commerciaux.
Une journée dans la vie du romancier Gubo m’a aussi permis de comprendre la perception de l’écrivain par la société coréenne d’alors. Non seulement est-il à part, mais il n’est pas non plus respecté comme les employés : un marqueur encore présent de nos jours en Corée avec la culture des salarymen. Face à cette situation, le romancier doit-il sortir de sa solitude et changer d’identité pour rentrer dans la norme ? Bien que le parcours de vie de Park Tae Won nous donne des indices sur sa réponse, la fin du roman reste assez ouverte pour que chacun puisse se faire son propre avis, rendant cette expérience de lecture encore plus intéressante.
La nouvelle édition par l’Atelier des Cahiers
Avant de conclure, j’aimerais revenir sur cette nouvelles édition proposée par l’Atelier des cahiers, qui possède plusieurs atouts. Au-delà de la praticité du format proposé, on ne peut que souligner le soin apporté à la recontextualisation, à travers la préface, les cartes, les illustrations et les encadrés explicatifs.
En effet, ceux-ci permettent au lecteur francophone de visualiser la Séoul des années 1930, pour comprendre l’environnement dans lequel le romancier se promène au fil du récit. C’est une des raisons qui m’a donné envie de lire ce récit, ayant gardé une bonne expérience de mon séjour à Séoul et ayant envie d’y retourner, ne serait-ce que par l’intermédiaire d’un roman. Ainsi, chaque mention de lieu historique par Gubo a été l’occasion de me replonger dans mes souvenirs et de comparer la Séoul de 1934 à celle de 2024 !


Conclusion
Je recommande sans hésitation cette lecture à tous les passionnés d’histoire : bien que sa caractérisation de roman « expérimental » peut faire peur au premier abord, cette lecture s’avère être aisée et rapide.
Pour lecteurs plus aguerris, ceux-ci verront à travers Une journée dans la vie du romancier Gubo que la colonisation japonaise n’a pas empêché les auteurs coréens d’être au fait des innovations littéraires mondiales, ni de s’en inspirer pour développer la littérature coréenne.
Où se procurer Une journée dans la vie du romancier Gubo ?
Park Tae Won, Une journée dans la vie du romancier Gubo, Atelier des Cahiers, 2024, 160 pages (ISBN : 979-10-91555-84-5).
Sources : Atelier des cahiers
Nos remerciements à l’Atelier des cahiers pour sa confiance et pour nous avoir permis de lire cet ouvrage avant sa sortie.

