Après avoir publié L’Arbre nu, L’Atelier des Cahiers nous permet de prolonger notre découverte de l’œuvre de Pak Wan Seo avec Souvenir d’une montagne, paru en juillet.
Souvenir d’une montagne, œuvre autobiographique de Pak Wan Seo
Ce n’est pas la première fois que nous vous parlons de Pak Wan Seo sur Korea’s Owls. Née en 1931 et décédée en 2011, cette romancière sud-coréenne a débuté sa carrière en 1970 avec L’Arbre nu, avant de publier 13 autres romans et 10 recueils de nouvelles. Reconnue pour son réalisme, elle avait reçu de nombreux prix littéraires.
Publié en 1995, Souvenir d’une montagne est le deuxième volet de l’œuvre autobiographique de Pak Wan Seo, après Hors les murs et avant L’Arbre nu (même si certains éléments de la fin se déroulent après ceux de L’Arbre nu).
Le récit se passe pendant la guerre de Corée. Il commence lorsque les troupes communistes et nationalistes se disputent Séoul, poussant la population à fuir et à choisir un camp. Ces événements marquent la narratrice, qui cherche à survivre et à protéger sa famille sans perdre sa dignité dans un contexte où on ne peut plus faire confiance aux autres. Au fil de la guerre, l’ancienne étudiante devient une travailleuse responsable de sa famille, dans une ville où les coréens dépendent de la présence américaine pour survivre.


Mon avis sur Souvenir d’une montagne
Pak Wan Seo face à la guerre
Plusieurs aspects du roman m’ont particulièrement plu. D’abord, Pak Wan Seo montre l’impact durable de la guerre sur la vie quotidienne. Les descriptions des paysages et du fonctionnement de la société nous permettent de ressentir le danger permanent et de nous attacher aux personnages qui fuient. Même lorsque les combats s’éloignent, la précarité reste omniprésente, au point que chaque repas apparaît comme une touche de lumière dans un quotidien marqué par l’adversité. La guerre pousse aussi la narratrice à se méfier des autres. Incapable de faire confiance, elle dissimule ce qu’elle pense, de peur d’être trahie par quelqu’un aux convictions opposées. Cette attitude s’enracine au point qu’une fois les conflits éloignés, elle continue d’éviter de nouer des liens avec ses collègues, ce qui nuit à sa vie professionnelle.
Pak Wan Seo adopte une position pacifiste en critiquant les deux idéologies opposées, qu’elle juge d’« hypocrites ». Cette critique apparaît notamment à travers des situations « miroir », comme les fuites au Nord et au Sud, qui révèlent les similitudes entre les deux camps. L’autrice compare également la division de la Corée à celle de sa famille, dont les membres doivent apprendre à coexister malgré leurs divergences idéologiques. Comme dans L’Arbre nu, on observe aussi une ambivalence à l’égard de la présence américaine, la narratrice se résignant à travailler au service des américains pour subvenir aux besoins de sa famille. Cette position apporte une touche moderne au roman quand on sait qu’un tel regard aurait été jugé « pro-communiste » en Corée du Sud jusqu’aux années 1990.


Souvenir d’une montagne, la quête d’identité d’une Coréenne
J’ai été intéressée par la représentation des femmes coréennes. La narratrice, poussée par sa mère, incarne une forme de modernité : elle est la première fille de sa ville à aller au lycée et entame des études à l’Université de Séoul. Elle montre une certaine culture, notamment lorsqu’elle évoque des œuvres occidentales telles que Les Misérables pour décrire la misère en Corée. Brisant les normes sociales, elle travaille pour subvenir aux besoins de sa famille, même si cela est plus par nécessité que par choix. Le roman met également en lumière le fait que pour survivre, de nombreuses femmes n’ont d’autre choix que de se prostituer, devenant des « princesses à Ricains », ou d’épouser des soldats américains afin d’émigrer et d’accéder à de nouvelles opportunités économiques.
Enfin, j’ai apprécié que la narratrice soit présentée avec ses défauts, qu’elle reconnaît à posteriori. Cela rend le récit plus réaliste et permet au lecteur de s’identifier à elle : le contexte de guerre et les épreuves traversées expliquent certains de ses comportements, comme lorsqu’elle se montre hautaine avec ses collègues. En parallèle, le passage du temps, symbolisé par la mort et la renaissance des plantes au fil des saisons, accompagne l’évolution de la narratrice. En cela, l’épilogue a un caractère satisfaisant pour le lecteur qui a suivi sa quête d’identité depuis les premières pages.
Conclusion
J’ai apprécié ma lecture de Souvenir d’une montagne, que je qualifierais de complémentaire à celle de L’Arbre nu. Malgré quelques longueurs dans les descriptions qui peuvent ralentir le rythme, je pense que ce roman constitue une lecture enrichissante pour mieux comprendre le ressenti des Coréens face à la guerre, à la division de leur pays et à l’occupation américaine.
Où trouver Souvenir d’une montagne ?
Pak Wan-seo, Souvenir d’une montagne, traduit du coréen par Heejeong Ko et Chloé Gautier, L’Atelier des Cahiers, 260 pages, 2025 (ISBN : 979-10-91555-95-1).
Nos remerciements à L’Atelier des Cahiers pour nous avoir permis de lire ce roman !
Sources images : ati | Rethinking the Future

