Dans La saison des pluies, Keum Suk Gendry-Kim tisse un récit semi-autobiographique émouvant autour de ses chiens, né d’un élan d’amour conjugal. Ces compagnons fidèles reflètent les fractures d’une Corée en mutation, entre « tradition » culinaire cruelle et amour naissant pour l’animal de compagnie.
Avant-propos
Autrice de bande dessinée et traductrice dont on a déjà présenté certaines oeuvres, Keum Suk Gendry-Kim est née en 1971 à Goheung (Jeolla du Sud). Elle étudie la peinture à l’université de Sejong avant de partir pour Strasbourg et découvrir la sculpture et les arts décoratifs.
Avec des dessins en noir et blanc à l’encre et au pinceau traditionnel, à la fois épuré mais expressif, l’autrice mélange souvent témoignage, mémoire familiale et l’Histoire. Comme c’est le cas avec Le Chant de mon père, sa première longue bande dessinée et album autobiographique. À travers l’histoire du personnage de Lee Oksun, l’album Les mauvaises herbes s’inspire d’une histoire d’une « femme de réconfort ». Keum Suk Gendry-Kim mêle cette fois la mémoire historique, les traumatismes de guerre et la violence politique.
Et pourtant, l’autrice aborde un sujet bien différent avec La saison des pluies : les chiens ! Elevé pour sa viande, le chien est devenu un compagnon indispensable pour de nombreux Sud-Coréens depuis quelques années, surtout en ville. Bien que la loi fut votée en 2024, l’interdiction d’élever et de consommer la viande de chien ne sera définitive qu’en 2027. Keum Suk Gendry-Kim traite donc d’un sujet contemporain, qui montre une fracture générationnelle. Mais, avant tout, qui dévoile la violence humaine.
Mon avis sur La saison des pluies
La saison des pluies s’ouvre sur un couple qui prend un chien en animalerie. Arrivent déjà les questions pour ces personnages qui vont s’occuper pour la première fois d’un animal de compagnie. Comment s’en occuper ? Quelle éducation donner ? Et puis celle de son origine : d’où viennent les chiots que l’on trouve en animalerie ?

Dès le premier chapitre, il y a ce goût doux-amer. On croise différents chiens tout au long de cet album et il est difficile de ne pas s’émouvoir devant eux. Avec l’encre et son coup de pinceau, Keum Suk Gendry-Kim leur donne vie. Qu’ils soient petits ou grands, des poils longs ou non, ils sont touchants par leurs comportements et leurs expressions. En particulier leurs regards qui retranscrivent bien ce qu’ils sont : des êtres sensibles.
Cet album a pour but de changer les consciences sur la condition des chiens en Corée du Sud et et de demander des lois qui protègent mieux les animaux. Chaque chien rencontré a une histoire à raconter, souvent violente. L’abandon, la négligence, la maltraitance, le commerce de leur viande… Comment lutter quand la loi laisse ces situations légales ? C’est un crève-cœur de voir la souffrance de ces chiens. Yuna tente de réfléchir à ce qu’elle peut faire, mais se heurte à une réalité : elle n’est pas en capacité de réellement les aider. Seule sa compassion l’empêche de totalement détourner les yeux du problème.
Pour les personnes qui ne peuvent supporter la violence « explicite » sur les animaux, rassurez-vous, il n’y en a pas. Toutefois, il est difficile de rester impassible à la lecture de cette bande dessinée. Entre tendresse et tragédie, ce récit dessine un parallèle saisissant entre la fragilité animale et la violence humaine sous toutes ses formes. En y mêlant des éléments autobiographiques, l’autrice offre un très bon album, à la fois par la beauté du dessin et par son message.
Où trouver La saison des pluies ?
Keum Suk Gendry-Kim, La saison des pluies, traduit par Keum Suk Gendry-Kim et Loïc Gendry, Éditions Futuropolis, avril 2022, ISBN : 978-2-7548-3186-4, au prix de 26€.
Source images : Éditions Futuropolis



