La poésie est une forme littéraire appréciée en Corée du Sud, et ce depuis plusieurs siècles, comme en témoigne l’existence du Sijo. À travers sa construction, il s’agissait d’exprimer l’identité coréenne dans toute sa sensibilité et sa musicalité, pour en faire encore aujourd’hui un élément clé de la culture artistique coréenne.
Le Sijo : l’expression de la sensibilité coréenne
L’avènement du Sijo
Le Sijo (시조) est une forme de poésie apparue pendant le royaume de Goryeo au XIVe siècle. Elle est conçue comme une chanson, accompagnée d’instruments, avec un rythme spécifique et les premiers textes sont composés en chinois, principalement par les yangban (une classe d’aristocrates lettrés coréens vivant selon l’idéal confucéen).
L’invention du hangeul, l’alphabet coréen, un siècle plus tard, permettra à d’autres classes de s’approprier cette forme d’art pour parler cette fois au peuple, avec des thèmes autour de la nature, l’amour, la contemplation. Certaines figures emblématiques vont alors émerger, telles que Yun Seondo ou la célèbre kisaeng Hwang Jini (courtisane coréenne), et rendre le genre très populaire.
La structure du Sijo
Le Sijo prend la forme d’un écrit en trois vers, chacun composé de 14 à 16 syllabes, répartis selon un rythme défini :
- les 1er et 2e vers : rythme de 3-4-4-4
- le 3e vers : rythme de 3-5-4-3 (ou 4)
Il existe également une trame narrative, avec le 1er vers présentant le sujet du poème, le 2e vers permet de développer l’idée, et le dernier vers amène soit la conclusion soit apporte un « twist », un changement de direction, signifié par le changement de rythme syllabique (3-5 au lieu de 3-4 pour les deux premiers vers).
On peut trouver un exemple de ce découpage sur le site de la Sejong Cultural Society :
Song of my five friends (Chanson de mes cinq amis)
Yun Seondo (1587-1671)
내벗이 몇이나 하니 수석과 송죽이라 3-5-3-4 (=15)
동산에 달 오르니 긔 더욱 반갑고야 3-4-3-4 (=14)
두어라 이 다섯밖에 또 더하여 무엇하리 3-5-4-4 (=16)
L’utilisation du Sijo semble avoir perduré jusqu’à aujourd’hui, en prenant de nouvelles formes plus libres dans la construction. L’importance de cette forme poétique et sa mise en avant ont été principalement relayées ces dernières années par un Institut americano-coréen, The Sejong Cultural Society, et par l’action d’un ancien professeur d’Harvard, David McCann, dont les travaux sont souvent mis en avant à ce sujet. L’institution a même pu proposer une dizaine de poèmes Sijo, pour faire partie du projet Polaris Trilogy, qui consistait à envoyer sur la Lune une sélection d’œuvres poétiques en ce début d’année, entre autres œuvres artistiques contenues dans le projet Lunar Codex, créant ainsi une sorte de capsule temporelle, témoin de l’importance du Sijo dans la culture artistique coréenne.
Pour aller plus loin :
- Sijo – Le rythme du temps. Un recueil de poèmes coréens traditionnels, Vincenza d’Urso
- Poésie coréenne : Sijo et peinture de l’ère Joseon (1392-1910), Sociopoetik, Hee-Kyung Lee
- The Columbia Anthology of Traditional Korean Poetry, Peter H. Lee
- The Bamboo Grove, An Introduction to Sijo, Richard Rutt
- Early Korean Literature, Selections and Introductions, David R. McCann
Sources : The Sejong Cultural Society | Masterclass | Poetry Foundation | Asian Studies | Larousse | The Korea Times | Universalis | Korea JoongAng Daily (1) (2) | KBS World | The Korea Herald
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