Quelles solutions pour inverser la tendance ?
De nouveaux lieux de rencontres pour la formation de couples
Si les rencontres traditionnelles ne sont plus propices, de nouvelles façons de trouver l’amour apparaissent. Commençons avec l’essor des applications de rencontres. Tinder compte environ 188 000 utilisateurs actifs par mois depuis son lancement en Corée du Sud en 2018. D’ici à 2028, il est estimé que 5,8 millions de Sud-Coréens utiliseront ce genre d’applications. C’est une nouvelle manière de discuter et de rencontrer des personnes, par le biais de cours ou d’ateliers. Même si les participants ne trouvent pas de partenaire, il y a la découverte d’une nouvelle expérience et le contact avec autrui. Ce qui semble mettre moins de pression que les sogaeting. Certains individus sont plus à l’aise qu’avec un simple tête-à-tête. C’est pourquoi les jikting sont une autre solution. Les personnes intéressées par un rendez-vous peuvent y aller avec d’anciens camarades ou des collègues. Chaque participant vient accompagné de trois ou quatre connaissances.
Autre lieu de réunion cette fois-ci : pourquoi ne pas aller dans des temples bouddhistes ? C’est ce que propose la Fondation bouddhiste coréenne pour le bien-être social. Basé sur le concept de l’émission de téléréalité I am Solo, les moines sélectionnent les participants du « Naeun Jeollo » selon une notation particulière. La priorité est donnée au « désespoir sincère de l’amour ». De son côté, le maire de la ville de Guri (province de Gyeonggi) a créé et anime une émission de rendez-vous à l’aveugle pour célibataires sur une chaîne YouTube. À Seongnam, la ville privilégie les services d’introduction au mariage. Lors d’événements, les employés de bureau peuvent être mis en relation. Après avoir notifié leur intérêt, la municipalité fournit les coordonnées à chacun si c’est réciproque.
Et si le problème venait des attentes d’une relation amoureuse ? Des cursus universitaires ont été développés afin de former des relations plus saines, savoir gérer le budget d’un mariage ou sortir avec des camarades. Ce sont des exercices imposés, par exemple, à l’université de Sejong avec le cours « Genre et Culture », et à Dongguk avec « Mariage et Famille ». S’il y a de quoi être perplexe, le professeur Jang Jae Sook, initiateur de ces cursus, explique :
« Le cours n’enseigne pas aux étudiants qu’une relation heureuse doit se terminer par un mariage, car les étudiants d’aujourd’hui considèrent que les relations amoureuses et le mariage sont facultatifs. L’objectif du cours est de développer la capacité des étudiants à choisir le type de personne qui leur convient afin qu’ils puissent établir des relations saines. »
Professeur Jang Jae Sook pour International Business Times
La nouvelle génération s’éloigne des traditions et si ces cours veulent rectifier le tir, ils ne le font pas n’importe comment malgré les intitulés. Le but est d’agir en amont face à l’augmentation de la violence au sein du couple et de la maltraitance des enfants.
Les mariages multiculturels : une migration choisie ?
En termes d’immigration, la Corée du Sud a une réglementation très forte, pour un meilleur contrôle. De ce fait, la main-d’œuvre étrangère et les personnes se mariant à une personne de nationalité sud-coréenne sont les deux motifs majeurs d’immigration. C’est le second cas qui nous intéresse. S’il est difficile de trouver une épouse sud-coréenne, pourquoi ne pas aller à l’étranger ?
Ces femmes mariées à un Sud-Coréen viennent majoritairement d’Asie du Sud-Est (Vietnam, Indonésie et Philippines en tête). Ces hommes sont souvent issus de milieux ruraux ou défavorisés. La future épouse devra s’occuper du foyer, aider au travail rural et prendre soin des parents du marié. Aujourd’hui, des hommes de classes moyennes urbaines sont aussi à la recherche d’une épouse. Les Chinoises d’origine coréenne avaient été un temps privilégiées, mais elles se détournent depuis plusieurs années du mariage, comme en Corée du Sud. Et l’on voit bien que la recherche se fait autour de l’image de la femme dite « traditionnelle ».
Des subventions étaient données par certaines municipalités aux familles voulant marier leurs fils à une étrangère. À ce moment-là, il était encore considéré d’un point de vue familial, et non de l’immigration puisqu’il fallait pallier la baisse de la natalité. Désormais, les agences matrimoniales sont préférées pour aider les Sud-Coréens à trouver leur partenaire, contre de l’argent. Elles connaissent les démarches administratives et peuvent être rapides… Dans un documentaire pour France 24, il a fallu 20 minutes en tête-à-tête pour que le client trouve sa future femme. En même temps, l’agence lui imposait 24 heures pour choisir parmi une vingtaine de candidates vietnamiennes. 48 heures après leur première rencontre, le mariage a été officialisé. Néanmoins, la nouvelle mariée ne pourra venir en Corée du Sud que sept mois plus tard, le temps d’obtenir un visa et d’apprendre le coréen.
Bien que les agences matrimoniales soient soumises à l’obtention d’une licence et contrôlées, cette migration est perçue de manière négative à plusieurs niveaux. Les pays d’origine de ces femmes subissent le même problème : il y a plus d’hommes à marier que de femmes. N’est-ce pas aussi un moyen de profiter de la pauvreté ? Dans le cas du Vietnam, le salaire moyen est cinq fois inférieur à celui de la Corée du Sud ! Pour les femmes, c’est un moyen d’aider leurs familles à sortir de la précarité et d’avoir une vie plus confortable. L’incitation aux mariages internationaux peut s’avérer conflictuelle comme en témoigne la campagne de la ville de Mungyeong. Ajoutons les différences culturelles, la séparation avec ses proches et l’isolement dans l’équation. Ainsi que les violences conjugales dont souffrent 42 % des femmes mariées à un Sud-Coréen. Le taux de divorces monte, quant à lui, à 60 %. Des voix s’élèvent pour critiquer ce système et vont jusqu’à parler de trafic d’épouses. On peut aisément comprendre pourquoi.
Le maire actuel de Séoul, Oh Se Hoon, a récemment demandé à revoir la réglementation des visas. Toujours dans la perspective de résoudre le problème de la démographie, il souhaite des visas plus inclusifs afin d’intéresser les résidents étrangers à rester et à s’installer à long terme. Cette préconisation permettrait d’attirer des talents dans le secteur du high-tech, du soin à la personne et de la main-d’œuvre pour les entreprises (je suppose dans les métiers du bâtiment). Mais je m’interroge sur la prévalence de l’aspect économique dans le discours politique.
Le coche manqué du gouvernement et des médias
« Le gouvernement considère que les cinq prochaines années seront la période idéale pour une remontée des taux de fécondité. Les personnes nées dans les années 1990, un groupe d’âge important dans notre société, ont l’âge idéal pour se marier et avoir des enfants au cours de cette période. »
Propos d’un fonctionnaire du ministère de la Santé et des Affaires sociales pour Korea Herald
En juin, le président Yoon a déclaré une « urgence démographique ». Pour ce faire, il a émis plusieurs idées :
- augmenter le nombre de congés parentaux, dont les congés de paternité (le faire passer de 6,8 % à 50 % avant la fin de son mandat),
- augmenter les indemnités et la durée de ces congés,
- rendre l’éducation et la garde des enfants de 3 à 5 ans gratuites,
- rendre plus accessibles les prêts à faible taux d’intérêt pour les jeunes mariés cherchant un logement,
- donner plus d’avantages fiscaux aux familles avec enfants.
Enfin, il veut créer un ministère de la Stratégie démographique sous l’égide du Korean Institute of Public Finance (KIPF). Reste à voir s’il sera en mesure d’appliquer ces idées et leur efficacité réelle. Le gouvernement de Lee Myung Bak a instauré, en 2012, la Journée de la population. Le 11 juillet, même jour que la Journée mondiale de la population, les citoyens sont sensibilisés aux questions démographiques. Et le gouvernement remet des prix aux organisations et personnes contribuant aux politiques pro-natales.

Un chercheur au KIPF, Chang Woo Hyun, préconisait dans un rapport d’avancer d’une année l’entrée à l’école pour les filles. Il y explique que leur développement biologique se ferait plus tôt que chez les garçons. Ceci afin d’avoir une « maturité égale » et plus d’attirance envers leurs camarades de classe, conduisant plus tard au mariage et à avoir des enfants. Problème : rien ne vient appuyer l’efficacité de cette proposition. Et les critiques ont vite fusé. La proposition est jugée « répressive et sexuellement discriminatoire ». La KIPF s’est désolidarisée. Dans une déclaration, l’institution explique que ce rapport n’était que le reflet de l’opinion de son auteur et non la sienne. Cependant, ce n’est pas la première fois que cette mesure est suggérée : par le gouvernement du président Lee Myung Bak en 2009, et en 2015 par le Parti conservateur Saenuri.
En tous cas, les gouvernements locaux ont mis en place des subventions financières. Donghae (province de Gangwon) verse jusqu’à 3 millions de wons aux femmes enceintes. La ville de Yeongwol verse 1 million pour la naissance du premier enfant, 3 millions pour le deuxième et 10 millions pour le troisième ! C’est pourquoi les médias coréens se sont emballés devant la naissance de quintuplés en septembre dernier. Outre l’aspect exceptionnel de cette naissance, le montant de l’ensemble des subventions serait d’au moins 170 millions de wons (dans les 115 000 euros) pour aider les parents.
Dans un autre genre, le bureau du district de Daelseo, à Daegu, organise des rencontres en petits groupes. Les couples formés qui iront jusqu’au mariage recevront 1 million de wons pour les frais. La province de Gyeongsang du Nord veut investir 1,2 trillion de wons d’ici à 2027 en vue d’organiser des événements de rencontres. Le Solo Village s’étend sur cinq jours et s’adresse aux célibataires. Entre les ateliers qui abordent les thèmes de la rencontre et des interactions, le séjour offre une excursion dans les lieux touristiques de la province. N’oublions pas le cadeau pour les nouveaux couples issus de cet événement : une croisière de luxe ! La province veut néanmoins s’engager à améliorer l’aide au logement et la garde des enfants, mais quand je vois le montant alloué aux programmes de rencontres par les gouvernements locaux, je ne suis pas étonnée de voir des critiques face aux coûts. La raison avancée ? Ce n’est pas le manque d’occasions pour rencontrer des personnes qui fait défaut. Peut-être faut-il regarder ailleurs ?
À propos des médias, ce qui m’avait frappée en lisant les articles, c’était le ton « détaché. » À rester absolument factuel, je trouve que l’on perd en gravité. Je n’ai pas vu de réflexions, d’enquêtes ou d’interviews de chercheurs. Que du « concret » et la mise en avant de l’intérêt économique. Lorsque je vois passer en parallèle des articles toujours plus nombreux sur les crimes sexuels en Corée du Sud, comment ne pas les mettre en lien avec le déclin des couples ? Sentiment renforcé avec les documentaires de la BBC sur le scandale du Burning Sun (en anglais) et Cyber Hell : le réseau de l’horreur (sur Netflix). Quand les journalistes hommes ont eu connaissance des informations ou travaillé sur ces affaires, ils donnent l’impression de faire face à des faits divers tout à fait communs. Quant aux femmes, elles prennent la mesure du problème, comprennent les difficultés des victimes et savent qu’elles risquent beaucoup à en parler (cyberharcèlement, fuite d’informations personnelles entre autres).
Sources : Cairn | Korea Times | Korea Herald (1) (2) (3) (4) | Korea JoongAng Daily (1) (2) (3) (4) | CBC
Sources images : Yonhap (1) (2) | Unsplash
Traduction anglais > français : K.Owls




