Sommaire
Page 1 : Le soleil et la lune
Page 2 : La pie avec la bonne approche
Page 3 : Origine de la gentiane scabreuse
Page 4 : Le tigre sans queue
Page 5 : Le paradis d’Oneuli
Page 6 : Le tigre qui récompensa la piété filiale
Page 7 : L’origine de la Grande Ourse
Le tigre qui récompensa la piété filiale
Il était une fois un jeune homme vivant dans des montagnes reculées et qui n’avait plus pour seule famille que sa précieuse mère. La mort du père avait laissé la veuve dans une misère croissante et le fils travaillait sans relâche comme bûcheron pour les nourrir. À force de labeur, le garçon parvint à économiser suffisamment pour offrir des banchan à sa mère.
Or voilà qu’une nuit d’hiver, sa mère fut soudain prise de l’envie de manger des fraises. Il grimpa la montagne enneigée tâchant de discerner quelques taches rouges dans la blancheur immaculée. Il continua, traversant les monts glacés. Mais nulle trace de fraises en cet hiver. C’est alors qu’il atteignit un terrain de la taille d’une maison où les fleurs, comme au printemps, fleurissaient. Au milieu d’elles, des fraises poussaient. Il les récolta et entreprit de les apporter à sa mère.
Peu de temps après, sa mère tomba gravement malade et resta confinée au lit. Son mal était étrange et nul ne savait comment la soigner. Le fils, plein d’espoir, entendit dire que des sourcils de tigre pourraient la sauver. Aussi entreprit-il de nouveau l’ascension de la montagne enneigée. Croyant chasser le tigre, c’est lui qui se fit poursuivre par le félin qui l’accula bientôt. Éclatant en sanglots, le fils argua la maladie de sa mère et supplia le tigre de l’épargner et de lui venir en aide. Il supplia si bien, que le tigre, touché par tant de piété filiale, se mit à pleurer avec lui. Alors il accepta de lui donner ses sourcils.
Il attrapa le jeune homme, le fit grimper sur son dos et traversant la montagne le conduisit jusque chez sa mère. Celle-ci, fort inquiète de ne pas voir son fils revenir, sortit à l’extérieur de la maisonnée. C’est alors qu’elle vit surgir l’immense tigre sur lequel trônait son fils. De surprise, la veuve s’écroula dans un dernier souffle.
Le jeune homme vécut trois ans avec le tigre qui l’emmena finalement dans un lieu reculé et paradisiaque. Là-bas, il lui trouva une épouse qu’il enleva durant des festivités et transporta sur son dos. Le jeune homme eut deux fils et une fille, si bien que la famille s’agrandissant, ils décidèrent de retourner dans la famille de l’épouse qui la croyait morte. Son père était un homme de loi et quelle ne fut pas sa surprise de découvrir ainsi vivante et mariée sa fille disparue. Le jeune homme qui n’avait eu pour seule éducation que la montagne et ce malgré sa naissance pas si basse, apprit de son épouse si bien qu’en quelques années il parvint au rang de ministre d’état en chef du personnel. Où qu’il dût aller, il ne se déplaça plus alors qu’à dos de tigre.
Mais le tigre finit par effrayer les habitants de Hanyang, qui craignant que le félin ne les dévore, réclamèrent sa mise à mort. Ne souhaitant mourir de la main de personne d’autre, le tigre demanda à son ami de le tuer. Le cœur lourd, le ministre accepta et trancha le tigre obtenant, avec la mort du précieux félin, une promotion. Ainsi le tigre récompensa-t-il la piété filiale du bûcheron qui avait risqué sa vie dans la montagne enneigée pour sauver sa mère.
Texte : Minido
Source : GRAYSON James H., Myths and Legends from Korea: An Annotated Compendium of Ancient and Modern Materials. Routledge, 2000.


