La 11e édition du Festival du film coréen de Bruxelles (KFFB) s’est déroulée du 27 septembre au 5 octobre et a présenté 16 films à un public grandissant d’année en année. J’ai eu l’occasion d’assister à un bon nombre de projections, voici mon retour sur l’édition 2023 du KFFB.
Un thème, trois focus pour le 11e KFFB

Cette année, le KFFB souhaitait nous présenter la magie du cinéma coréen, de par son thème « Lights, Camera, Magic ! ». Hors les films d’ouverture et de fermeture du festival, les 14 films présentés sont répartis dans trois catégories : Korean Film Today, Where Korean Movies Meet Europe, et Reply 2003. Tout un programme qui propose une variété de films récents et classiques.

Deux événements spéciaux cette année : une réception pour clôturer la soirée d’ouverture en beauté accompagnée de snacks et de boissons coréennes, du sucré, du salé ainsi que des boissons avec ou sans alcool à déguster après le visionnage du film Phantom.
Au cours de la semaine au grand plaisir des curieux, le KFFB a fait venir deux réalisateurs pour des Q&A. Le co-réalisateur du documentaire/film The Pregnant Tree and the Goblin, Park Kyoung Tae, était présent samedi 30 septembre. Tandis que Park Hyuck Jee, réalisateur du documentaire Girl Who Dreams About Time, a répondu aux questions lundi 2 octobre.
Retour sur les films visionnés
I Am More de Lee Il Ha (2021)
I Am More (모어) est un documentaire qui suit la vie, les relations et les performances de Mo Ji Min ou « More », son nom de scène. More travaille depuis 20 ans comme drag-queen et est invité à New York pour une performance.
Le film parvient à montrer avec douceur des moments intimes et des moments parfois difficiles pour Ji Min/More, ce qui invite l’audience à découvrir l’expérience queer en Corée. Ce type de contenu très touchant est contrebalancé par des performances fun par More en full glam, qui démontre ses talents artistiques de danseur, maquilleur, et de performeur complet.
6/45 de Park Gyu Tae (2022)
6/45 (육사오) est une comédie, écrite et réalisée par Park Gyu Tae, qui fut reçue par les éclats de rires de l’audience.
Et si un billet de Loto gagnant de la valeur de 5,7 milliards de wons traversait la Ligne de Démarcation Militaire en Corée ? Selon 6/45, cela entraîne une collaboration forcée et très drôle entre des militaires Sud et Nord Coréens. Tous pourraient utiliser cet argent après tout.
Pour les fans de dramas, nous retrouvons les acteurs Go Kyung Pyo (Reply 1988, Connect, Chicago Typewriter, ou Love in Contract) ainsi que Lee Yi Kyung (Welcome to Waikiki, Children of Nobody) dont les talents comiques ne sont plus à prouver.
Dans la salle bien remplie du cinéma Galerie, le 6/45 a fait rire l’audience à de nombreuses occasions, que ce soit à cause des situations ou des visages extrêmement expressifs des acteurs. 6/45 est un film idéal pour passer un bon moment et se changer les idées après une longue journée au travail ou à l’école. Exactement ce dont j’avais besoin un vendredi soir.
Old Boy de Park Chan Wook (2003)
Un classique du cinéma coréen, Old Boy (올드보이) fait partie d’une trilogie signée Park Chan Wook qui tourne autour de la vengeance.
Oh Dae Su est kidnappé et gardé otage dans une chambre pendant 15 ans. Sa libération le laisse avec plein de questions et une soif de vengeance qu’il compte bien assouvir.
La séance était sold out, une vingtaine de personnes sont restées à la porte. Près de la moitié de l’audience avait déjà vu Old Boy. Cela prouve son succès. Mais aussi que l’audience est friande de classique sur grand écran ou qu’elle a envie d’être traumatisée à nouveau, comme une organisatrice le suggérait dans la présentation du film.
Personnellement, c’était la première fois que je regardais Old Boy, dont je ne savais pas grand-chose à l’exception du fait que c’est un classique du cinéma coréen. Le film était intéressant, mais m’a particulièrement déçu par sa représentation et ses rôles donnés aux femmes, quasi inexistants. Peut-être un résultat de son époque, il est sorti il y a 20 ans après tout, mais un film pareil sorti de nos jours ne passerait plus. Comme beaucoup, le plot twist final m’a surprise, et dégoûtée. Il est loin d’être dans mon top 3 des films sélectionnés pour le KFFB cette année.
One Day Off de Lee Jong Pil (2023)
One Day Off (반하경 여행기, Un jour de congé) est une bulle d’air pour les moments où tout semble un peu trop intense. Dans ce web drama édité en film, nous suivons Ha Kyung (Lee Na Young dans Romance is a Bonus Book), enseignante dans un lycée à Séoul, lors de ses excursions d’une journée les week-ends. Le film rassemble quatre épisodes sur huit du web drama.
Le format qui sépare clairement les épisodes les uns des autres ne m’a pas convaincu. Je me suis même vue souhaiter que cela soit une série afin que je puisse prendre le temps entre chaque jour de congé pour pouvoir digérer à mon aise.
Le contenu est très agréable, il fait voyager, découvrir des coins de la Corée peut-être moins connus. Ha Kyung est un personnage gentil qui parle peu, mais dont j’ai pu ressentir qu’il y avait beaucoup de choses derrière ses yeux attentifs mais un peu fatigués.
The Apartment with Two Women de Kim Se In (2021)
The Apartment with Two Women (같은 속옷을 입는 두 여자), c’est l’histoire d’une mère toxique et de sa fille, adulte, coincée dans un cercle vicieux d’abus. Le film nous plonge dans cette tranche de vie assez brève qui montre une mère, telle une adolescente se rebellant contre une vie imposée en s’en prenant à sa fille.
Honnêtement, le personnage de la mère m’a énervée pour la majorité du film de par son comportement immature. Cependant, The Apartment with Two Women m’a aussi laissée me questionner sur comment cette mère et cette fille en étaient arrivées à ce point qui semble sans retour. Ce film présente deux personnages féminins complexes, ni l’une ni l’autre ne semble complètement correcte, ce qui peut irriter l’audience ou lui faire apprécier cette subtilité qui apparaît quand on ne connaît qu’une partie de l’histoire.
Girl Who Dreams About Time de Park Hyuck Jee (2022)
Le film documentaire Girl Who Dreams About Time (시간을 꿈꾸는 소녀) est un travail de longue haleine, qui a nécessité sept années de tournage.
Su Jin est une jeune chamane de 25 ans qui a grandi avec sa grand-mère, elle aussi chamane. En la rencontrant aux alentours de sa dernière année de lycée, le documentaire nous invite à l’accompagner dans ces années difficiles pour beaucoup, l’entrée dans la vie adulte. Cela est compliqué pour Su Jin quand elle se voit déchirée entre ses dieux et son envie d’être une étudiante comme les autres.
Une histoire touchante sur un sujet dont on parle peu, à moins que ce soit de manière négative. La narration du documentaire est cohérente malgré un tournage étalé sur 7 ans, dont 2 ou 3 ans de pause pendant que Su Jin était à l’université. Elle laisse une impression forte par sa capacité à trouver sa voie malgré sa destinée. Nous avons peut-être un destin, mais nous pouvons toujours essayer de changer certains aspects.
Le réalisateur, Park Hyuck Jee, nous a fait l’honneur de sa présence et a répondu à quelques questions brûlantes de l’audience après la projection. Il a aussi gracieusement accepté de prendre des photos avec des spectateurs et spectatrices.



Save the Green Planet! de Jang Jun Hwan (2003)
Avant-dernier film du festival, Save the Green Planet! (지구를 지켜라!) est aussi un film sorti 20 ans plus tôt. Un film qui semble impossible ou très difficile à décrire sans spoiler, selon les informations qui m’ont été données avant la projection.
Les Andromèdes sont la cause des problèmes sur Terre. Pour Byung Gu, il n’y a aucun doute sur ça. Avec une éclipse lunaire imminente, il doit établir une communication extraterrestre avec le prince d’Andromède. Lui seul a le pouvoir de sauver la planète. Byung Gu kidnappe la cible qui lui semble la plus logique, le CEO puissant d’une compagnie de produits chimiques.
Je n’étais pas prête pour toutes les scènes de tortures, longues et parfois un peu trop explicites – et je considère avoir une bonne résistance pour la violence dans les films. Âmes sensibles vous voilà prévenues. Hors la violence, le film nous entraîne dans une montagne russe d’émotions au fur et à mesure que nous découvrons l’histoire de Byung Gu.
Les autres films projetés

Parmi les neuf films restants de la sélection du KFFB, vous pouvez retrouver Phantom de Lee Hae Young (2022) et Smugglers de Ryoo Seung Wan (2023), choisis respectivement comme film d’ouverture et de fermeture du festival. Le premier est un film d’espion qui se déroule en 1933, lors de l’occupation japonaise, les enjeux sont importants pour la résistance. Le second se passe dans les années 1970 et se concentre sur des haenyeo (femmes plongeuses) qui se lancent dans la contrebande suite à une menace à leur revenu initial.
Dans la sélection Korean Film Today, nous retrouvons Seire de Park Kang (2021), The Night Owl de An Tae Jin (2022), et Kim Min-young of the Report Card de Lee Jae Eun et Lim Ji Sun (2021). Seire est un drame, ou film d’horreur selon l’audience, qui révèle des superstitions autour de la mort en Corée au travers du personnage Woo Jin. Prenant place dans la dynastie Joseon, The Night Owl suit un acupuncteur aveugle et talentueux nommé comme médecin de la cour, tout cela pour se retrouver entremêlé à la mort du prince héritier. Enfin, Kim Min-young of the Report Card est l’histoire de trois amies proches qui se perdent de vue après leur entrée à l’université. Ce dernier est un choix de film plus léger dont le but est d’attirer de plus jeunes audiences à s’intéresser au cinéma coréen, appuyé d’autant plus par un début de séance plus tôt pour un jour de semaine.
Pour célébrer les 60 ans de relation entre la Corée et l’Union Européenne, la deuxième catégorie Where Korean Movies Meet Europe a invité deux réalisateurs, dont Park Kyoung Tae pour The Pregnant Tree and the Goblin, réalisé avec Kim Dong Ryung (2019). Ce film est à la fois une fiction et un documentaire, il raconte l’histoire de Park In Sun qui était une des Yankees princess (la version américaine des femmes de réconfort pour l’armée japonaise). Mixé avec la présence de fantômes et de Messagers de la mort, ce film raconte une partie peu connue de la guerre en Corée. Un autre drame avec Height of the Wave de Park Jung Bum (2019), s’attaque au sujet de la prostitution, au travers de l’histoire d’une orpheline vivant sur une petite île.
Finalement, suivant la mode des K-drama Reply, la sélection Reply 2003 projette des classiques sur grand écran pour un moment de nostalgie ou de découverte. Il me reste deux films à présenter : A Tale of two Sisters de Kim Jee Woon (2003) et Memories of Murder de Bong Joon Ho (2003). Le premier, présenté comme un film d’horreur, raconte l’histoire de deux sœurs retournant dans leur maison isolée et qui semble hantée depuis l’intrusion d’une nouvelle belle-mère. Le second, inspiré de meurtres commis dans les années 1980, est un film policier où un policier de campagne et un autre de ville doivent collaborer pour essayer de coincer ce qui apparaît comme un serial killer.
Remerciements
Je tiens à remercier le Centre Culturel Coréen de Bruxelles et en particulier les organisatrices du KFFB qui ont fait un travail excellent pour la sélection et l’organisation du festival, dont la présence de deux réalisateurs pour des Q&A. Merci à tous et toutes qui ont permis le bon déroulement de l’événement, que ce soient les sous-titres trilingues ou les bénévoles bienveillantes qui ont répondu aux questions diverses de l’audience.
Sources images : KFFB | IMDB | K.Owls
Article de Nabi.

